Une autruche sur l'Everest

 

Chapitre 5 – Pizza ! Oui, large avec deux litres de Pepsi et 24 Turtles… oui, pour une personne…

 

Le délice des Dieux

Ma nutritionniste est bien gentille, mais j’aurais espéré un peu plus de compréhension de sa part. Malgré le fait qu’elle n’ait pas insisté au début de mon entraînement pour que je fasse une diète au sens strict du terme, elle n’a jamais voulu accepter que la pizza constitue la plaque tournante de mon alimentation. Je sais, vous n’en croyez pas vos yeux vous non plus j’en suis sûr. La pizza! Ça me semble tellement évident. Vous aussi? Je le savais. Comme moi vous pensez que la pizza devrait constituer l’élément de base de l’alimentation de tout être humain. Et je ne me tromperais pas si je vous disais que mon bouvier bernois Goliath serait d’accord avec moi. Bon je ne parle pas le Goliath, mais… peut-être finalement. Mais pas ma nutritionniste. Non, madame parle le glucide, protéines, vitamines,  et de trucs comme ça qui pourraient vous faire faire beaucoup de points au Scrabble, mais qui dans le font gouttent le yable… oui, le yable. J’exagère à peine. Il faut dire qu’il ne se fait pas plus difficile côté alimentation que moi.

         Personnellement, j’en mangerais le matin, le midi et le soir... De la pizza, évidemment. Et peut-être aussi avant de me coucher. Sans compter qu’il est possible de varier selon l’humeur la recette sans jamais trop s’éloigner d’un met cinq étoiles. Si au moins, je n’étais pas sérieux en écrivant ces lignes, mais non. J’écris ce que je pense. C’est comme çà.

         J’étais donc tellement déçu lorsque j’ai vu l’hésitation de la nutritionniste lorsque je lui ai fait part de mes habitudes alimentaires. Mais avec le temps, je me suis amélioré. Ce n’est rien comparativement pendant mes années folles. Surtout lorsque j’étais étudiant. Oh là! c’était le paradis. Un paradis de malade, mais tout de même un paradis. Cette époque en fut une d’excès pour moi. Et je crois que c’est à cette époque que j’ai cru comprendre que ma santé m’était acquise. Oui, sans effort et sans être sérieux, je l’avais. Rien ne pouvait m’arriver et surtout pas le fait de prendre de mauvaises habitudes qui me suivraient pendant une trentaine d’années. Non, j’étais immunisé contre çà aussi. En cette année de 1990, tout était permis. La pizza, évidemment. J’étudiais à Montréal, je mangeais au restaurant tous les jours. Je ne faisais pas attention à quoi que ce soit. Je me couchais tard et je dormais en classe pendant mes cours. J’espère que mes enfants ne liront pas ceci. Lire? Certainement pas, ça exige de dépenser de l’énergie et être sérieux. Donc je peux tout écrire. Ce sera notre petit secret.

         Je disais donc que cette année passée à Montréal (nous sommes alors en septembre 1990) pour étudier l’économie en fût une qui me donna de fâcheuses habitudes alimentaires. C’est étrange comme ces mauvaises habitudes se prennent facilement alors que les bonnes… Mais comme j’avais une forme physique d’enfer après avoir passé un été à planter des arbres en Abitibi et que j’avais les poches pleines d’argent (oui, reboiser s’est avéré plutôt payant), j’ai pu en profiter sans me soucier de quoi que ce soit. Un de mes plats favoris était alors… (roulement de tambours) la pizza! Quelle surprise. De format large (çà c’est 14 pouces de pain, fromage, pepperoni, sauce tomate, et champignon… il y avait bien du poivron vert, mais je crois qu’il ne se rendait pas à mon assiette… après tout c’était un légume… (wouash! Dégueu) de préférence et arrosé de deux litres de Pepsi d’appellation Pepsi contrôlée, évidemment. Une bonne année, un grand cru. Et comme il me restait toujours un petit creux, eh bien, je terminais ce festin avec une boîte de 24 Turtles (ces petites bouchées de chocolat, caramel et noix de Grenoble)… un repas de roi. Ceci n’est qu’un exemple de l’abus que j’ai fait subir à mon corps. À l’époque, ce régime excessif et irréfléchi ne laissait pas trop de traces physiques… et c’était pour mon plus grand malheur. C’était l’époque des fleurs… et le pot allait suivre quelques années plus tard.

         Oui, car vivre l’excès sans en subir les conséquences finit par vous faire croire que vous êtes un surhomme. Il faut dire qu’à cette époque, je faisais beaucoup d’activités physiques, ce qui compensait en grande partie pour mes excès. Et c’est probablement ce qui m’a convaincu inconsciemment que je pouvais abuser de ma santé sans en subir les conséquences. Que ma santé m’était acquise. Que faire des efforts pour obtenir des choses était un concept pour les autres, mais pas moi.

         Erreur. Les abus nous rattrapent tous un de ces jours. Et plus nous attendons, plus la pente sera abrupte, longue et difficile à remonter. La nature humaine, les signaux inconscients que nous envoie notre cerveau ne nous aident pas toujours non plus. Notre cerveau s’est forgé au fil des siècles pour nous protéger de la douleur, des dangers, du risque. Voilà certainement pourquoi, je ne me regardais pas fréquemment dans le miroir. J’aurais alors bien remarqué qu’une petite partie de mon image s’y reflétait. Pas toute, mais bien une petite partie, car, contrairement à moi, mon miroir ne prenait pas, lui, de l’expansion.

         Puis après les études, il y a eu le travail, un peu d’argent, la télévision, les restaurants, les sorties… la vie sédentaire quoi. Eh oui, j’ai fait de moins en moins d’exercice. Mais toujours les mêmes habitudes d’excès. Comme un plus un font deux, bien que l’on pourrait trouver une philosophe qui pourrait démontrer le contraire, avec le temps il arriva ce qu’il devait arriver. L’issu était prévisible. Même si la vie a été bonne avec moi, j’ai tout simplement appris à ne pas me soucier de ma santé… peut-être ce qu’il y a de plus important.

Mea culpa, encore une fois. En une trentaine d’années, j’ai bien eu des périodes où j’ai fait davantage attention à moi, sans jamais, toutefois, prendre des habitudes définitives. Tout ceci a mené mon poids à près de 300 livres (Plus de 135 kg) pour une grandeur de 5 pieds et 8 pouces (1,73 m). C’est beaucoup de masse au centimètre carré çà. Sans compter l’effet que ce poids peut avoir sur mes articulations et autres dimensions de ma vie. Il paraîtrait que les articulations ressentent une pression de quatre fois votre poids. Dans mon cas, c’était près de 1 200 livres (plus de 540 kg) qui écrasaient mes ménisques et le cartilage de mes genoux bourrés d’arthrose. Disons que je ne leur ai pas donné beaucoup de chance. Encore moins en jouant dans une équipe de soccer au milieu de la quarantaine. C’était une façon de jouer avec le feu. Ce qui devait arriver arriva. Personne n’en fût surpris, moi le premier.

S’en suivit une opération, puis des années à regagner une certaine flexibilité et force des genoux. Bien évidemment accompagné d’une prise de poids… tout ceci pour me simplifier la tâche, car mes vieilles habitudes, elles, n’avaient pas changé.

Et c’est au mois d’octobre 2017 qu’une lueur s’est pointée à l’horizon de ma cinquantaine. C’était le temps. Oui, j’ai attendu longtemps, je sais. Mais, cette fois-ci, je me suis donné beaucoup de chances. D’une part, je ne me suis pas donné de chance pour reculer, faire demi-tour, abandonner, écouter ma petite voix qui me dit : Fait attention pour ne pas te faire mal. Non, çà c’est plutôt la voix des gens qui m’entourent, qui me veulent du bien. Mais sachez que vous ne m’aidez pas du tout en voulant me protéger. Parfois, il faut faire ce qu’il faut faire pour Avoir-Faire-Être ce que l’on souhaite vraiment… surtout lorsque l’on parle de réaliser un rêve. Merci, mais non merci. Sachez que ça va aller. Je vais faire ce qu’il faut pour parvenir à mes buts et qu’il arrivera ce qu’il arrivera.

Donc à l’automne 2017, je ne me suis donné aucune chance de faire marche arrière pour réaliser un rêve, contribuer à une noble cause, et changer ma vie, littéralement. Je me suis trouvé une première montagne à gravir, une première montagne pour transformer ma vie. Et ce défi exigeait de moi que je devienne un adulte, que je cesse de me faire croire que je peux me permettre tous les excès sans en subir un jour ou l’autre les conséquences. Le seul excès que je me suis permis est de m’attaquer à la plus haute montagne du monde comme premier défi. Mais çà, c’est moi. Je ne pouvais pas commencer par plus petit et être suffisamment motivé. D’ailleurs, est-ce possible vraiment de trouver l’inspiration nécessaire pour quelque chose qui n’est pas à la hauteur? Qui est ordinaire? Ou qui peut se faire avec un effort moyen? À chacun son truc, mais moi, ça doit être surréel pour me garder inspiré, surtout pendant si longtemps (ici, lire entre les lignes : pour le reste de ma vie). Entre octobre 2017 et avril 2019 s’écoulera environ 18 mois. Pour que l’adrénaline soit toujours à son paroxysme, il me fallait un défi de taille. Rien de moins que l’Everest. C’est vrai, je ne compte faire que les deux tiers de la montagne, mais le défi reste entier. Surtout qu’il sera un prétexte pour transformer le reste de ma vie.

Je peux déjà constater les bienfaits de ce défi. J’ai eu des doutes, je l’avoue, mais chaque jour qui passe, je constate des résultats positifs qui dépassent mes attentes. Parfois, ils ne sont pas vraiment visibles, mais lorsque je grimpe en haut d’un escalier de près de 200 marches et qu’il ne me faut que quelques pas pour reprendre mon souffle, je suis à même de constater l’amélioration. C’est une victoire. Tous ces efforts en ont valu la peine. Et ce n’est pas fini.

Bon, j’ai bien dû abandonner quelques mauvaises habitudes qui me satisfaisaient, ainsi que réduire mes portions et la fréquence de consommation de pizza, mais je n’en ressens pas de manque. J’aurais cru le contraire, mais non. J’ai même moins faim. Et je n’ose même pas imaginer à quel point je vais me sentir encore mieux dans 9 mois, en avril 2019. Peut-être que ceci peut vous sembler décourageant, mais 9 mois encore pour être dans la meilleure forme de ma vie, ça m’apparaît plutôt court. Aussi, 9 mois, c’est plutôt une bonne chose.

Mais rassurez-vous, la terre n’a pas cessé de tourner. Parfois, il m’arrive encore de me faire plaisir avec une pointe ou deux de pizza.