Une autruche sur l'Everest

 

Chapitre 4 – Le merveilleux monde… du spinning

 

 

Spinning comme dans ... arme de destruction massive

Chose promise, chose due… J’en suis à vous présenter une histoire d’amour. Oui. Celle que je vis avec… le spinning!

         Donc, il était une fois… Oui, il était une fois un rêve. Et ce rêve, c’était de monter, monter toujours plus haut. Rejoindre peu à peu le ciel. S’approcher des étoiles. Faire l’impensable un pas à la fois. Sentir sous la semelle de mes bottes le sol et ses cailloux, la pente qui se défile. Toujours attentif à rester en équilibre, malgré la fatigue, malgré l’oxygène raréfié, malgré la faiblesse de mon corps face à l’ampleur de ce défi.

         Oui, toujours un pas après l’autre… à ce rythme qui est le mien. C’est une marche qui ne semble plus avoir de fin. Je serai le Sisyphe de l’Everest. Car oui, comme son rocher, je vais redescendre. Après une ascension vertigineuse, je reviendrai sur mes pas, je retomberai sur terre. Ces pas, je ne les compterai pas cette fois-ci. Mais avant de rebrousser chemin, il me faudra me battre. Sans conteste, me battre, oui contre la montre, contre le mal de l’altitude, mais surtout contre moi-même. Ce sera une épreuve de patience contre mes capacités que je devrai repousser plus loin. Et cette lutte, je l’aurai commencée près d’une année et demie avant. Je ne pourrais dire honnêtement que j’y croyais au départ. J’étais dans cet état. Vous savez, celui que l’on appelle second. L’un de ces moments où j’étais quelqu’un d’autre, voire quelque chose d’autre. Et j’ai choisi de plonger tête première dans ce rêve, advienne que pourra. Puis, un pas après l’autre, j’ai commencé à y croire un peu plus… de plus en plus.

         Puis la réalité m’éclaboussa en plein visage. Oui, celle-là. La dure… dure réalité. Vous savez, ce moment où l’on se dit : Stie! De kossé que j’ai fait-là, moé (ou toute variante du genre). Je n’ai pas mis de l’eau de Javel dans la brassée de couleurs!!! Non! Pas cette réalité-là. Mais plutôt le fait que j’ai fini par réaliser à un moment précis les implications de cette décision de plonger dans ce rêve surréel. De sérieuses implications. Voire des complications. Car ce trek comporte son lot de défis. Il est même considéré comme difficile. Ceci implique que le corps doit suivre. C’est là où ça se complique. Et pour réussir ce défi, il faut l’entraîner ce corps. Beaucoup. Et tous les jours (ou presque). Se faire des muscles, mais également un cardio d’enfer. En fait non, pas d’enfer. Un cardio pour l’Everest. Et qui dit cardio dit course, tapis roulant, escaliers… mais lorsque l’on a des genoux aux prises avec de l’arthrose, on parle plutôt de natation… ou spinning.

         Voilà ! Je l’ai écrit ce mot aux consonances satiriques. Ma découverte du spinning fut brutale. Après avoir parlé à mon entraîneur de mon historique de blessures aux genoux, il me réserva une surprise. Certes, il n’y a rien comme la natation pour éviter des blessures et développer son cardio. Mais dans mon Lévis chéri, les piscines publiques ne courent pas les rues. Drôle d’expression pour une piscine, j’en conviens. Alors j’ai dû me rabattre sur le spinning. Le pire dans tout çà est qu’il y en a qui aiment. Je n’ai qu’à penser à mon frère… méchant malade.

         C’est donc à mon gym que j’ai fait cette rencontre. C’était inattendu. J’en avais entendu parler. Ça semblait même amusant… amusant, ouais. Et ce le fut… les quatre premières secondes. Oui, quatre secondes. Et dès la 5e, j’avais l’impression d’avoir fait le tour (sans jeu de mots) de la question… sans vraiment avoir avancé. Mon entraîneur m’ayant expliqué la science derrière le spinning (les pieds qui poussent sur des pédales… un pied à la fois), ça allait jusque-là. Puis tu continues comme çà en suivant le rythme en suivant la vitesse et en ajustant la tension.

         Spinning 101 - Le principe est le suivant : Plus tu pédales vite, plus tu as le goût de sacrer. Plus tu mets de la tension et plus tu as le goût de sacrer aussi. Mais il y a pire. Plus tu mets de la tension et plus tu pédales vite en même temps, ben là t’as carrément le goût de faire pendre l’inventeur de ce « sport ». Et ils osent appeler çà un « sport ». « Outil de torture » conviendrait mieux. Évidemment lorsque l’on réduit la tension et que l’on pédale lentement. Là, c’est la récompense, le bonheur, le nirvana, un rêve qui devient réalité. Moi, ça ne faisait qu’une minute que je pédalais dans le vide à une tension bien trop élevée et une vitesse bien trop grande que j’avais déjà cernée cette arme de destruction massive. Je la détestais déjà. Déjà nous étions des ennemis jurés. Je suis certain que ce machin a été inventé à l’époque des croisades dans les cachots où les infidèles étaient entassés et torturés. Je les imagine facilement : Toi, spinning! Nooooon, mieux vaut me faire couper la main gauche… ou toute autre excroissance.

         Et c’est ainsi que se passa ma première fois. Mémorable. Tout simplement mémorable. Plus court que je ne l’aurais cru. Pas du tout ce à quoi je m’attendais. Pas tout à fait maître de mon corps. À la fois excité et intrigué. Mais, au final, pas si satisfaisant que çà… mmm… ça me fait penser à autre chose. Passons. Je disais donc que mon premier cours de spinning me laissa sur ma faim. Je me suis dit que ça serait certainement mieux la prochaine fois.

         Voici comment mon dépucelage de spinning s’est passé : je m’installe sur une bicyclette stationnaire devant un écran géant. Je suis le seul qui se prépare à suivre le cours préenregistré. J’aurais déjà dû me douter que quelque chose de louche se tramait. Puis arriva le coach de la séance… Kimberly. Oui, Kimberly. Jusqu’alors, tout semblait parfait, très parfait même. Je n’avais qu’à pédaler et regarder Kimberly. En quoi cela pouvait-il être compliqué ou désagréable? En fait, je me disais que plus le cours serait long, plus il serait agréable… Ah! Kimberly.

         Quatre. Quatre minutes. Et je ne suis pas certain que la quatrième minute était légale. Du moins, certainement pas selon les règles intergalactiques du spinning. Mon entraîneur ne pouvait pas s’empêcher de rire. Je crois que ça lui rappelait les quatre pompes que j’avais réussies, jadis, alors que je devais en faire 20. Je crois que c’est mon regard d’un émoji découragé et mon souffle à plat qui m’ont trahi et qui ont su susciter sa joie de vivre apparente. Ceci et le filet de bave sur le coin de mes lèvres. Ah oui, j’allais oublier… je faisais l’étoile par terre et ce n’était même pas plaisant. Je lui ai demandé combien de temps j’avais tenu. Là encore, j’ai dû attendre qu’il arrête de rire pour ne pas qu’il s’étouffe. Il me finit par dire… « disons 4 minutes ». « Disons ??? » J’aurais pourtant parié sur 30 à 45 minutes.

         Je lui ai dit que ce n’était pas si mal pour une première fois. Et c’est là que j’ai découvert qu’il avait sans aucun doute un lien de parenté avec Ben Laden. Il me dit : « Wow, Jackson, ce n’est pas terminé pour ce soir ». Je dois l’avouer, j’ai cru qu’il avait développé soudainement un sens de l’humour, mais à moins de lui en greffer un, je crois que c’est peine perdue. Pourtant, je sais que c’est comme un bras. Si tu te le fais couper, ça ne repousse pas. Et comme l’humour pour lui était comme de la crème fouettée sur un filet mignon (on n’en met pas), eh bien, j’ai compris à ce moment précis que j’avais hérité d’un rôle dans le prochain roman de Stephen King. La demi-portion qui me servait d’entraîneur était sérieuse. Il l’est toujours de toute façon et ce n’était pas ce soir-là que ça allait changer.

         Je suis donc rembarqué sur la bicyclette qui n’avance pas. Tant bien que mal, j’ai tenté de suivre le rythme, toujours dans l’attente de l’un de ces trop rares moments où la tension et la vitesse étaient réduites. Comme si ce n’était déjà pas suffisant d’essayer d’imiter, coach Kimberly (la mozusse fait le cours d’un bout à l’autre avec le sourire). Je dois vous avouer que j’étais intrigué. Elle souriait tout le temps en n’étant même pas essoufflée… @#%&&! (je vous laisse traduire). Et ne me demandez pas par où elle suait (si elle suait), mais je vous confirme que ce n’était pas du front. Pour ma part, il me faudrait des essuie-glaces sur le front… et pas mal partout ailleurs.

         Mais ce n’est pas tout. Après une quinzaine de minutes, il est toujours écrit en haut à gauche de l’écran : RÉCHAUFFEMENT. Ben là, j’ai mon voyage. À ce point, j’ai les yeux dans le cirage, je suis complètement détrempé et je n’ai plus de sensations dans mes pieds. À chaque fois que je regarde mon entraîneur, il regarde ailleurs. Pourtant, je lui présente ma plus belle paire d’yeux de chiens battus. Ça ne l’atteint pas. Impassible comme un dictateur.

         Puis, ouiiiii. Je ne rêve pas. Les miracles existent. Le mot RÉCHAUFFEMENT à gauche de l’écran disparaît. Le tiers du cours est terminé. Zut! Juste le tiers. Le plus beau dans tout ceci est que je réussis à terminer le cours. Je l’avoue cependant, les 25 dernières minutes ont été à mon rythme : une tension au minimum et une vitesse au 4e ralenti. Mon entraîneur n’est plus dans les environ depuis… 25 minutes environ (ce n’est qu’un hasard… mettons). Quant à coach Kimberly, elle pourrait faire du tricot qu’elle serait aussi essoufflée et suintante.

         Le plus beau dans tout ceci, c’est que le cours s’est terminé comme il a débuté. Je suis toujours seul devant l’écran, je suis crevé, et coach Kimberly est fraîche comme une rose. Je réussis à m’extirper de l’outil de torture de peine et de misère. À ce stade, je n’ai plus aucune sensation dans mes pieds, mes jambes et mes mains. C’est comme si mon sang avait décidé de se concentrer sur mes organes essentiels et se disant : « Bof! On aura qu’à couper ces excroissances inutiles ». Je ne le savais pas à ce moment-là, mais j’aurai alors besoin de quatre jours pour m’en remettre. J’ai dû marcher en cowboy tout ce temps et j’ai découvert une bonne douzaine de nouveaux muscles. Plutôt éducatif comme « exercice ».

         Le plus drôle dans tout ceci est qu’un nouveau cours a débuté tout de suite après le mien. L’entraîneur était tout petit. Il ne devait pas peser plus que ma cuisse gauche. Des gens ont pris place sur les bicyclettes. Il n’en restait qu’une de disponible. Puis le cours débuta. Il était écrit en haut à gauche : Cours pour débutants. Et vous savez quoi? Il n’y avait même pas de période de réchauffement… @#%&& !