Une autruche sur l'Everest

Chapitre 3 – Les pièges à autruches… ou le chapitre 7 (suite)

 

Pour en finir avec la procrastination

Combien de fois? Combien de fois me suis-je fait manipuler par moi-même? Combien de fois suis-je tombé sous le charme de cette voix mélodieuse aux harmoniques celtes? Si je commençais à compter dès à présent, j’arriverais probablement au bout du compte dans quelques semaines… bon, peut-être quelques mois… disons qu’avant Noël (nous sommes en mai au moment d’écrire ces lignes), j’aurais probablement terminé ma liste qui n’aurait rien à avoir avec celle que je faisais au père Noël jadis. Mais une chose est certaine, elle serait longue. Et je suis convaincu qu’à sa relecture, j’en serais découragé. Tellement!

         Mais vous vous demandez de quoi je parle. C’est légitime. J’utilise cette technique pour capter votre attention. Mais pour qu’elle fonctionne bien, il ne faut pas que je vous fasse languir trop longtemps non plus. Alors, allons-y. Sautons à pieds joints dans cette section de ce récit et parlons-en une fois pour toutes de ce tueur silencieux, comme dirait Tony Robbins. Oui, car c’est ce qu’elle fait de mieux et je parle de la p-r-o-c-r-a-s-t-i-n-a-t-i-o-n.

         Oui, procrastination!

La première fois, ce fut un vrai coup de foudre

         Oui, un coup de foudre! On s’est croisé, elle et moi, au coin d’un moment de ma vie. Un moment où j’aurais pu faire une différence majeure dans ma vie. Un moment où elle aurait pu prendre un virage et se transformer pour me permettre de réaliser mes rêves les plus fous. À la place, nous avons convolé en justes noces. Ce fut le début d’une histoire… qui m’a coûté cher. Très cher. Trop cher pour rien. Parce que j’ai eu la chair faible et une volonté de guimauve. Et comme bien des histoires d’amour qui commencent en coup de foudre, j’y ai perdu des occasions en or d’Avoir-Faire-Être bien plus.

         La procrastination possède un corps de rêve, un sourire qui séduit à tout coup, en plus d’être confortable comme votre vieille et combien trouée robe de chambre. Et comme si ça ne suffisait pas déjà, elle ne se sépare jamais de votre paire de pantoufles préférée. Je sais, avec tous ces atouts, je n’avais aucune chance, mais là absolument et parfaitement aucune.

         J’ai donc été conquis à plus d’une occasion par son charme tout à fait irrésistible… et j’ai dit, moi aussi, à plus d’une reprise : bof! Je crois que je le ferai demain…

Une robe de chambre et des pantoufles, SVP

         Et vous savez probablement ce que j’ai dit ce fameux lendemain? Exactement! J’ai dit : bof! Je pense que je vais plutôt le faire la semaine prochaine. Encore une fois, je ne vous apprendrai rien si je vous dis que je me suis dit, la semaine suivante : bof! Et puis, non. Pas cette semaine. Je vais plutôt le faire le mois prochain. Puis les mois se sont transformés en années… ce qui m’a mené 30 ans plus tard. Voilà! Vous savez de quoi je parle maintenant. La procrastination est l’une des meilleures vendeuses que vous rencontrerez dans votre vie. Elle vous vendra du temps… à perdre. Elle vous fera acheter du temps… à gaspiller. Elle vous convaincra de remettre à plus tard… votre vie. Et tout ceci totalement gratuitement rien et pour aucune raison justifiable. Elle est bonne. Vraiment bonne, cette procrastination. On dirait une de ces agentes secrètes russes… belles, aux atouts irrésistibles, mais qui dans le font, ne vous veulent que du mal.

         Le pire dans tout çà est qu’elle ne donne pas du tout cette impression. On dirait un mirage dans le désert au moment où votre soif se fait ressentir le plus. Oui, ce n’est pas juste. Dans nos moments de plus grande faiblesse, elle se montre le nez, et comme si ce n’était pas assez, elle vous manipule au point où vous êtes convaincus qu’elle ne veut que votre bien. Mais vous n’êtes qu’un pantin pour elle. Elle repousse toujours plus tard vos rêves, vos projets et ces améliorations que vous souhaiteriez tant vivre un jour.

         Un beau matin, vous vous réveillez en cuillère collé sur la procrastination qui, elle, est bien emmitouflée dans votre robe de chambre et port, évidemment, vos pantoufles préférées. Vous constatez que le temps a passé, que vous êtes au même point dans votre vie qu’il y a 30 ans avec les mêmes rêves et les mêmes projets qui eux, comme vous, n’ont pas progressé. On est loin du stand-up, car on fait plutôt du stand-by.

         Et puis un jour on lui en veut. On souhaite s’en séparer, mais trop incrusté dans des habitudes, comme englué dans la paresse et presque dépassé par le temps et le manque de courage. La procrastination pourrait vous abandonner que le mal serait fait. Vous avez vieilli. Vous avez développé le réflexe de la paresse. Vous êtes cuit.

         Alors, comment ne pas tomber dans le piège? Ou mieux, comment s’en sortir lorsque l’on est sous son emprise?

Comment la reconnaître

         Tout d’abord, il faut la reconnaître. Sachez que la procrastination, peu importe la forme qu’elle prend (oui, elle est versatile), elle incite toujours à remettre à plus tard. Dès qu’il y a un « pas tout de suite », vous savez qu’elle tente de vous étourdir. Son discours est bien souvent logique, et parfois même vertueux. Comme résistez à la vertu, me direz-vous? Eh bien, il le faut, un point c’est tout. Remettre à plus tard tue… les idées, les projets, les rêves et au final, c’est votre vie qui en paie le prix.

         La procrastination se cache donc derrière le message « plus tard » ou son synonyme « pas tout de suite ». C’est simple. Pour vous empêcher de réaliser vos rêves, les projets que vous avez en tête depuis longtemps, ou d’améliorer votre vie, il n’est pas recommandé de l’écouter. En fait, il est, de beaucoup, préférable de faire le contraire, tout simplement. On reconnaît donc la procrastination dans le délai suggéré. Un délai supplémentaire entre vous et vos rêves.

         Enfin, je tiens tout particulièrement à vous mettre en garde contre une arme secrète de la procrastination. C’est dans cette phrase toute simple que réside sa force. C’est à la fois logique et illogique en même temps. Si la procrastination vous dit sous la couette : Tu sais… dans le fond, ce n’est pas le bon moment… attend un peu, tu verras, tu pourras t’y mettre lorsque le bon moment sera venu…

Maintenant que je sais que ça existe, je n’ai plus d’excuses

         C’est là que se trouve l’attrape! Non seulement vous remettez votre vie à plus tard, mais également, vous croyez que c’est une bonne idée, tout en étant convaincu que vous allez remettre çà un autre jour. Ouais, ouais. J’ai vu neiger déjà. Sachez ceci. Le bon moment pour faire quelque chose, c’est quand au juste? Y a-t-il vraiment un bon moment qui vaille la peine que l’on mette sa vie sur la glace et que l’on risque de la perdre?… Congelée qu’elle sera. 

         Noooooooooooon! Nous ne pouvons risquer de tomber dans le cercle vicieux du « je le ferai au bon moment » sans trop savoir ce que ça signifie au juste. Retenez ceci : le bon moment existe. Oui. Et c’est maintenant. Pas tantôt, pas tout à l’heure, pas un autre jour, pas demain, pas jamais, mais tout de suite. Là! C’est maintenant un point c’est tout. Ce ne peut être que pendant 2 minutes. Mais si vous sentez que vous devez faire quelque chose, si vous sentez que votre vie entière pourrait en être transformée (ou non), c’est maintenant que ça doit se passer. L’important c’est de faire le premier pas et de le faire un peu tous les jours. Oui, tous les foutus jours, jusqu’à l’atteinte des résultats souhaités.

En résumé, c’est simple : Maintenant (même pour quelques secondes), tous les jours et jusqu’à tant que vous en récoltiez les fruits.

J’ai toujours retenu ce que le professeur Keating (personnifié par Robin Williams) a dit dans le film La société des poètes disparus : « Carpe Diem » (saisir le jour). J’ajouterais même, en citant le gardien de but pas si bilingue que çà dans le chef-d’œuvre cinématographique Slap Shot : « Trade me right fucking now! ». J