Chapitre 3 - Les pièges à autruches... ou le chapitre 7

Tout rêve, projet ou amélioration que l’on souhaite apporter à sa vie comporte son lot de bonheur, mais également des pièges…. des pièges à autruches. Ce que l’on pourrait appeler des démons, barrières, guets-apens, peu importe. Ces trucs ne peuvent que nous nuire et faire en sorte que nous ne réalisions pas ce que nous souhaitons. Alors voici les pièges dans lesquels je peux mettre le pied dans cette aventure qui me mènera sur le mont Everest. Je me disais qu’en faisant cet exercice prospectif, je serais immunisé contre l’influence négative ce ces pièges. Un gars peut toujours rêver… Voilà pourquoi ce chapitre s’intitule « Les pièges à autruches… ou le chapitre 7 ».

 

Le chapitre 7 « fait plutôt rire jaune ». Ce chapitre de mon livre L’autruche ou la vie dans lequel ces briseurs de rêves sont décriés, piétinés, battus. Ici, je les décortiquerai et je me permettrai même de me faire la morale. Je sais, c’est un défaut professionnel… mais parfois tellement utile lorsque l’on souhaite atteindre ses objectifs. Oui, parfois il est nécessaire de se méfier de soi-même si l’on souhaite ne pas trop se décevoir. Oui, mais… Il n’existe que très peu de combinaisons de mots qui m’horripilent autant que « Oui » suivit du « mais » (surtout dans cet ordre). Et peu importe par qui ils seront prononcés ou avec quels accent ou intonation, ils auront toujours l’effet d’un mur de béton armé s’écrasant lascivement au beau milieu de mon visage. Et je n’exagère même pas. Lorsque l’on sait que faire le tout premier pas pour accomplir un de ses rêves, un projet, ou améliorer un tant soit peu sa vie est la clé de voute pour le réaliser, « Oui, mais… » peut tout simplement anéantir l’initiative.

 

Et généralement, c’est au tout début d’une initiative qui peut potentiellement changer sa vie que ces deux foutus mots surviennent. Donc, dès les premières lueurs d’espoir de réaliser la vie que vous méritez, ces deux mots peuvent tout gâcher. Il faut dire que « Oui, mais… » est un frein extraordinaire… oui, extraordinairement nul. Ces deux mots ont le pouvoir maléfique de reléguer en un clin d’oeil vos projets ou rêves complètement à la fin de votre liste de priorités si ce n’est pas tout simplement dans la poubelle. Vous passez de 100 km à zéro en moins de temps qu’il faut pour dire zut! Car « Oui, mais… » crée un doute. Au moment où vous entendez ces mots, l’hésitation vous gagne, la peur prend le relais, et vous imaginez le pire du pire. Impossible devient votre projet… malgré le fait que nous ne voulons pas y croire, alors que « Oui » flotte toujours suspendu dans les airs à côté du « mais… », déjà, vous n’êtes plus aussi convaincus… c’est le doute qui fait son œuvre.

 

La règle d’or est simple : Il n’y a pas d’exception sur cette terre pour se permettre d’écouter une phrase débutant par « Oui, mais… ». Aucune. Ni par quelqu’un de votre entourage ni par un sombre idiot, et ni même par vous… oui, oui, vous avez bien lu. En fait, vous aurez compris que je me parle à moi-même… que c’est à moi que je fais la leçon… évidemment. Disons. Pourquoi « Oui, mais… » doit-il être prohibé? Alors la question ne se pose même plus. À compter de maintenant, je n’écouterai même plus le reste d’une phrase députant par « Oui, mais… » et peu importe par qui ce sera dit. Mieux encore, je fais le serment de ne plus jamais prononcer, oh grand jamais, « Oui, mais… »… bon, il y a peut-être une exception… Et ce sera pour dire haut et fort qu’il est inutile de prononcer ces deux mots dans cet ordre et peu importe le contexte. Je cherchais une exception (pas vraiment), c’est trouvé. Me suis-je dit « Oui, mais… » dans ma vie.

 

Malheureusement, oui. En ai-je subi les conséquences? Immanquablement, oui. Au cours des 30 dernières années, j’ai eu souvent l’occasion de dire ou même juste penser « Oui, mais… » et le sort en était jeté. Il ne m’a pas fallu être bien insistant. Ces deux mots sont dangereusement convaincants. Et c’est étrange que j’utilise l’expression « dangereusement convaincants ». Un patron que j’ai eu un jour m’avait qualifié de « dangereusement convaincant »… et je ne suis pas certain que c’était un commentaire positif ou de l’humour abstrait. Enfin… Je sais, mea culpa! J’ai, dans ma vie, passé outre de belles occasions en me disant « Oui, mais… ». Je me suis promis de ne plus jamais recommencer. Dire que j’ai eu cette idée d’entreprise pour laquelle j’avais fait un plan d’affaires.

 

J’ai conservé ce plan d’affaires pendant 10 ans tout en le retravaillant de temps à autre. Puis, je l’ai laissé tomber, comme çà, en me disant « oui, mais si ça ne fonctionnait pas ». Et j’ai eu raison. En n’y allant pas de l’avant, ça n’a pas fonctionné. Quelques années plus tard, les propriétaires d’une entreprise calquée sur mon idée se sont fait offrir 6 milliards de dollars pour l’entreprise qu’ils avaient démarrée quelques années à peine plus tôt. Oui, mais c’était des dollars américains… non, mauvais argument. Je me suis planté. 6 G USD. D’accord, il n’est pas dit que j’aurais eu le même succès si j’avais mis en œuvre mon idée, mais en ne faisant rien, je n’ai rien obtenu. J’ai eu ma leçon. Et depuis, les « Oui, mais… » font partie de l’histoire ancienne. Terminé! Caput! E finita la commedia! Si j’étais vous, je me demanderais si vous devez absolument faire une erreur qui vous coûterait 6 milliards de dollars américains pour apprendre cette leçon, ou tout simplement apprendre de mon erreur. Je vous laisse décider, bien que le choix soit facile à faire si vous voulez mon avis. " Oui, mais... " et l’Everest, 30 ans d’attente.

 

Eh oui, pour mon projet de l’Everest, j’ai dit « Oui, mais… » à quelques reprises. Ça m’aura pris 30 ans pour prendre une fois pour toutes la décision. J’ai choisi que ça se passe maintenant. Au début du mois de novembre 2017, j’ai choisi. J’ai fait le tout premier pas. Je me suis inscrit. Et dans l’état d’esprit que je me trouvais, je vous avoue qu’il n’y avait rien alors pour m’arrêter. J’avais des doutes, c’est vrai. J’ai hésité avant de peser sur ENTER et envoyer mon inscription à la Société de recherche sur le cancer pour participer au défi du camp de base de l’Everest. J’ai même eu des doutes une fois après avoir envoyé mes frais d’inscription. « Chiotte, avec quoi vais-je payer l’épicerie cette semaine? ». Je blague, évidemment… enfin, presque. J’ai eu quelques doutes dans les minutes qui ont suivi mon inscription en ligne, mais ça n’a pas duré très longtemps… 3… peut-être 4 secondes… 6 tout au plus.

 

À la 7e seconde, je savais, sans l’ombre d’un doute, que j’avais fait ce qu’il fallait que je fasse. Rien ni personne ne pourrait me faire revenir en arrière. De toute façon, je ne reviens jamais en arrière. Jamais. À partir de ce moment, je n’avais (et j’ai toujours) un but bien précis : mettre les deux pieds (je ne ferai pas de jaloux) sur l’Everest et quoi de mieux en aidant une cause. Le meilleur des mondes (et pas du tout celui d’Aldous Huxley) pensez-vous? Eh bien, vous n’avez pas tort. Dans ce roman d'anticipation dystopique (honnêtement, je n’ai aucune idée de ce que ça veut dire) que j’ai lu alors dans un cours de philosophie à l’aube de la vingtaine dans mon Sherbrooke natal, j’ai eu le dédain. Le meilleur des mondes, ce n’était pas un monde de consommation. Ce n’était pas le monde auquel j’aspirais. J’ai plutôt voulu comprendre que le meilleur des mondes était quelque chose de très personnel.

 

Comme pour échapper aux idées préconçues ou à un avenir que je ne choisirais pas (ces fameuses anticipations dystopiques). J’ai cru, peut-être à tort qu’il pouvait exister le meilleur des mondes de mon voisin, de mes collègues, de mes amis, de mes enfants, et en même temps, mon meilleur des mondes à moi. Tous des mondes qui se côtoient en parallèle et qui peuvent être le résultat de choix, bons ou mauvais, mais surtout conscients ou inconscients. Je sais. Vous vous dites, « mais qu’est-ce qu’il a pu bien mettre dans son café? Pourtant, le cannabis n’a pas encore été légalisé au Canada ». Je dirais simplement que j’ai choisi de ne plus dire « Oui, mais… » et que, depuis ce temps, mon monde à moi est bien meilleur. Et vous, qu’en pensez-vous? « Oui, mais » comme leitmotiv Aujourd’hui, « Oui, mais… » ne me fout plus en rogne. Il me fait sourire. Quand j’entends quelqu’un prononcer ces deux mots, je sais dans quel piège il s’apprête à tomber. Pas besoin d’être une autruche pour se faire prendre au jeu.

 

Et sachez que ce piège ne se trouve pas uniquement sur l’Everest. À l’avenir, quand vous entendrez ou penserez à « Oui, mais… » sourirez-vous?