Chapitre 2 – Les détails du projet et où j’en suis après 5 mois

Troisième partie de quatre

Où en suis-je après 5 mois du début ?

Mon entraînement a débuté le 20 novembre 2017 et j’étais plutôt dans un état physique… lamentable. Alors que mentalement, j’étais dans mon état naturel (plutôt inquiétant, je sais). L’enthousiasme des premiers temps me donnait des ailes. Je me suis lancé en grand. J’avais mon plan d’entraînement que je m’étais confectionné (avec des crayons de cire) moi-même en lisant des blogues sur Internet sur l’entraînement spécifiquement pour l’Everest. J’ai eu alors une obsession pour les escaliers. Il me fallait escalader quelque chose. Chaque marche d’un escalier était une occasion pour prendre de l’altitude. Mais… ouin… il ne faut pas oublier que je n’étais même pas en condition pour m’imaginer faire de l’exercice. Une petite marche au coin de la rue, ça pouvait se faire… même un aller-retour, mais de là à marcher pendant des heures à des milliers de mètres d’altitude, là… mmmm…. Je ne crois pas.

 

Il arriva donc ce qui devait arriver. Après une semaine, je devais déjà ralentir mes ardeurs ayant découvert un nouveau ligament dans mon genou gauche. Et c’était un ligament qui faisait mal en plus. Pourtant, avant cette semaine-là, je ne l’avais jamais remarqué. Jamais. Le hasard nous réserve bien des surprises parfois. En fait, je crois que c’était un ligament nouveau genre dont moi seul en avais un (je suis un mutant). La recette pour se trouver de nouveaux ligaments est la suivante : un surplus… d’enthousiasme… de poids… et de stupidité. Voilà la recette pour une catastrophe assurée. Cette recette est d’une efficacité redoutable, je vous le confirme. Un peu plus et dès le départ, je bousillais déjà mon rêve.

 

Non, mais c’est quoi l’idée? Se taper 2000 marches d’escalier tous les jours de la semaine sans répit alors que le moteur, les pneus et la condition générale de l’engin sont à plat. Papineau, réveille! Il ne faut pas me demander à quoi j’ai pensé, car je le n’ai tout simplement pas fait. Le gars (moi dans ce cas-ici) pèse pratiquement 100 livres en trop et est déjà essoufflé uniquement à s’imaginer de monter la première marche d’un escalier. Je suis d’accord avec vous, c’est le contexte idéal pour monter et redescendre 14 000 marches par semaine. I-D-É-A-L. Pas vraiment. C’est la blessure assurée. C’est immanquable. Et vous aurez l’occasion de googler les mots « douleur interne genou après avoir fait le zouf ».

 

Le résultat de la recherche est éloquent : 72 000 pages sur le sujet. Joie! Je ne suis pas le seul tata à m’être pris pour un super héros de bande dessinée. La solution à mon problème était pourtant simple et bon nombre de sites Internet spécialisés en faisait référence :

 

• Tout d’abord, fini la zouferie, le tataïsme, la cavitude, et l’excès d’enthousiasme. Posologie : Réfléchir AVANT d’agir;

• Puis, il n’est pas recommandé de démarrer un entraînement en lion, car c’est en mouton que ça finira (et tout le monde le sait, les moutons ne mangent pas le lion… personne ne souhaite être le dessert);

• La remise en forme doit être progressive et adaptée à la forme physique du grimpeur. Pour ma part, j’aurais dû commencer en pliant le gros orteil deux fois par jour;

• Il est nécessaire d’avoir le feu vert de son médecin avant de se lancer dans un tel périple. Le mien a dit non. Trop tard, je m’étais déjà inscrit;

• Prévoir un entraînement d’au moins huit mois avant de s’attaquer à l’Everest.

 

Victoire! Il me restait 17 mois avant le décollage. C’est pratiquement le double. Et c’est tout ce dont j’avais besoin. C’est ce que j’ai retenu et ce qu’il me fallait, voilà tout. J’ai donc regagné la raison à la suite de cette blessure survenue rapidement au début de mon entraînement. Une erreur qui m’a fait un bien immense. Après deux semaines de repos, je repris l’entraînement et j’ai modéré mon entraînement par la suite.

 

Par chance, car j’aurais éventuellement manqué de temps pour regagner la forme de mes 20 ans si j’avais dû prendre deux semaines de repos pour chaque semaine d’entraînement. J’ai bien des douleurs tous les jours, mais rien pour écrire à sa mère. Pour m’assurer de faire le bon entraînement et les bons mouvements, j’ai donc retenu les services d’un entraîneur et lui ai parlé de mon objectif et de ma condition physique. J’éprouve toujours beaucoup de plaisir en voyant l’expression sur le visage des gens à qui j’annonce que je compte faire le trek menant au camp de base du mont Everest. Hilarant, croyez-moi. Si j’avais une quelconque fierté, j’en serais fort probablement insulté, mais comme ce n’est pas le cas… Je me bidonne. Oui, bidonne. Ça faisait longtemps que je n’avais pas écrit ce mot. Bidonne. C’est presque drôle. Bidonne. Enfin, passons!

 

Donc, comme je le mentionnais avant que l’on se bidonne comme des larrons en foire, j’ai retenu les services d’un entraîneur qui m’a conçu un programme sur mesure pour me permettre de m’entraîner sans me blesser (trop) à tout bout de champ. Imaginez la situation. Et si au moins c’était une scène en noir et blanc avec Charlie Chaplin, nous aurions eu de bonnes raisons de nous marrer (c’est comme bidonner, ça faisait aussi un bail). Mon entraîneur, appelons-le Moustique pour les besoins de mon histoire (il est plutôt timide et tient à son anonymat que je respecte totalement – soit assuré Alexis, je ne dévoilerai pas ton prénom dans mon livre…).

 

Donc Alexis le Moustique s’avéra allumé et plutôt direct dans son approche. « C’est la seule manière que je peux dire çà », comme il dit si souvent. Comme il connaissait l’état dans lequel se trouvaient mes genoux et mon dos, il me proposa de débuter par le renforcement musculaire là où, dans quelques mois, j’en aurai le plus besoin : les genoux, le dos, les bras et les épaules. Je vous ferai grâce des détails de mon entraînement, mais imaginez ma réaction un peu quand le moucheron me dit : « On va commencer par 20 push-up » (ou « pompes » pour nos amis Français, Belges, Suisses ou même Togolais). OK me dis-je. Dans le fond, je me disais que je n’avais pas fait de pompe depuis très très très trèèèèèèès longtemps et que c’était probablement comme la bicyclette. Après tout, j’avais croisé la brute à Kevin sur le traversier (mon moyen de transport pour aller et revenir du travail)… oui la brute… en fait, c’est comme çà qu’il me surnomme.

 

Pourquoi? Je n’ai d’ailleurs aucune idée. Mais comme il mesure dans les 1,83 m (ou 6 pieds), qu’il a des bras gros comme çà et qu’il a déjà été boxeur, eh bien je lui permets sans aucune hésitation de me surnommer comme bon lui semble. Donc monsieur la brute fait 100 pompes d’affilée et sans interruption. Sachant ceci, je me suis dit que je pourrais bien en faire 20, voire 25 sans problème. … Non, ce n’est pas comme la bicyclette. Outre le fait qu’il n’y a ni pédales ni volant, c’est très très très trèèèèèès différent. 20 voire 25 pompes… AAAAAAAAAAAAAAAh ! 4 ! Non, il n’y a pas de faute de frappe. 4 pompes. Ce n’est pas 14, ni 24 ou encore moins 40. C’est 4. Et ce que je ne vous dis pas c’est que la 4e n’était pas légale. Mon style, emprunté de la nage synchronisée (sans le bouche-nez) n’aurait pas été accrédité par la FIP (ou Fédération intergalactique des pompes).

 

L’asticot avait un sourire en coin. Pour mes amis nigériens, « un sourire en coin » signifie qu’une personne n’est pas en mesure de se retenir pour ne pas rire et que malgré les efforts pour ne rien laisser paraître… eh bien! ça paraît. Je crois que le microbe qui me sert d’entraîneur n’a pas vraiment fait d’effort pour se retenir. Je lui pardonne pour cette fois-ci. C’était, je l’avoue, un moment d’anthologie. Sur YouTube, j’aurais connu mes 30 secondes de gloire virale mondiale. Non, mais 4… quaaaaatre! Tout juste 4! Oui, vous pouvez bien vous bidonner… encore. Inutile de vous dire que tout a été difficile au début. Même pour le réchauffement des pouces. Et je ne vous parle même pas des lendemains d’entraînement. Ouf! Saviez-vous que le corps humain compte 643 muscles. Je le sais, je les ai comptés. Un à un. Et ils font tous aussi mal les uns que les autres.

 

Par chance, à la hauteur de l’abdomen, j’ai moins de muscles que la moyenne des gens. Je n’ai ni les obliques internes, ni les obliques externes, ni le muscle droit, ni les muscles transverses et encore moins le muscle pyramidal. Non, moi j’en ai un seul qui remplace tous les autres : la bedaine. Donc, dans cette zone, c’est un seul muscle qui faisait mal… très mal même. C’est à ce moment-là que j’ai appris les expressions : rire de douleur ou tousser pour souffrir. Je ne sais pas si ces expressions sont officielles, mais une chose est certaine, pour moi, elles ont été bien réelles. Le temps a fini par faire son œuvre. Mon entraînement, que je fais tous les jours de la semaine, a évolué avec le temps. Je suis passé des réchauffements, la musculation, les exercices pour développer mes capacités cardio-pulmonaires et mes simulations de marches de longues distances.

 

Ce n’est pas plus facile aujourd’hui, cinq mois plus tard, car la larve d’entraîneur que j’ai me pousse toujours un peu plus au fur et à mesure que ma condition physique s’améliore. Et elle s’améliore de jour en jour. Mon poids diminue également, ce qui est un cadeau que je fais à mes genoux. J’aurai de nouveau l’occasion de vous parler de mon entraînement et du môme (pour les Québécois, je veux dire ici « le jeune ») qui me pousse à en faire un peu plus chaque jour sans ménagement ni délicatesse (on dirait qu’il n’est pas doté de sentiments ou compassion) pour que je sois prêt pour mon défi. Dans le fond, vous l’aurez certainement deviné, mais j’apprécie grandement ce que mon entraîneur fait pour moi. Il a une façon bien à lui de le faire et ça me convient très bien. Et les sobriquets que je lui ai donnés dans ce texte ne sont qu’une façon de lui dire : « Je ne te pardonnerai jamais de m’avoir fait faire du spinning, baptême! » Merci Alexis… oups! Ah non! j’ai encore écrit ton prénom.

Everett, la peluche qui m'accompagnera sur l'Everest est maintenant en vente. Le profits iront à la recherche sur le cancer. On peut se la procurer à www.jacquesbureau.com.