Une autruche sur l'Everest

 

29 avril 2018

Chapitre 2 - Les détails du projet et où j'en suis après 5 mois

 

Deuxième partie de trois...

        

Mon défi et son histoire

 

 

         La Société de recherche sur le cancer (SRC) finance depuis 1945 des projets de… recherche. Jusque-là c’est facile à suivre. Ce que j’aime tout particulièrement de cet organisme est que l’argent recueilli sert à financer les recherches de scientifiques pour divers types de projets, comme pour comprendre les mécanismes d’apparition du cancer, ainsi que des moyens de le prévenir, de contrôler et de guérir la maladie. Non, ce n’est pas seulement pour faire des petites pilules trop chères et qui ne fonctionnent pas toujours. J’aime tout particulièrement le fait que des recherches peuvent servir à trouver des moyens de prévenir la maladie et ainsi éviter bien des soucis à la personne atteinte et à ses proches. Car il y a des dommages collatéraux à devoir se battre contre cette maladie. Et même si les traitements ont fonctionné, des séquelles demeurent.

 

         La Société de recherche sur le cancer a trouvé un moyen original d’aider les participants à trouver du financement. Ce n’est pas original comme idée, me direz-vous et vous n’avez pas tors. Là où je trouve la SRC originale, c’est dans le choix des défis qu’elle propose. Il y a la possibilité de traverser une partie du Sahara au Maroc, de se rendre au Machu Picchu au Pérou, puis il y a l’Islande, Madagascar, le Kilimandjaro, la Patagonie, la Grèce et, bien évidemment, le camp de base du mont Everest. Vous avez raison, le choix ne manque pas.

 

         Mais s’agit-il seulement d’un voyage? Et qui plus est, payé par quelqu’un d’autre que les participants? Avouez-le, vous vous êtes posé la question, avouez? N’ayez pas honte, la question est tout à fait légitime. Et je vais vous répondre tout simplement… en alexandrins : ah non! C’est un peu court, jeune homme. On pouvait dire… Oh Dieu!.. bien des choses en somme. En variant le ton, par exemple tenez…

 

Agressif : Moi, Monsieur, si j'avais un tel culot,
Il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse ! 
Amical: Mais votre front doit tremper dans votre tasse !
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap! 
Descriptif:  C'est un roc ! . .. c'est un pic ! . . . c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ?. .. C'est une drôle de question ! 
Curieux:  De quoi sert ce doute ?
D'excuse, Monsieur, ou de boîte à regret ? 
Gracieux:  Aimez-vous à ce point tout ce qui ne change pas
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De défendre l’inertie à l’accomplissement de rêves ? 
Truculent:  Ça, Monsieur, lorsque vous piétinez,
La fumée vous sort-elle des oreilles et du nez
Sans qu'on ne crie, c’est la maison au complet qui aurait dû flamber ? 
Prévenant:  Gardez-vous, votre vie entrainée
Par le poids de l’inaction, tomber dans les regrets ! 
Tendre:  À ce doute, faites-lui faire un petit parasol
De peur que le soleil ne le fasse disparaître ! 
Pédant: L'animal seul, Monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamelos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os ! 
Cavalier:  Quoi, l'ami, cette question est à la mode ?
Pour s’en convaincre, c'est vraiment très commode! 
Emphatique: Aucune ombre ne peut, suspicion magistrale,
T'éclairer tout entier, excepté la douleur ! 
Dramatique :  C'est la mer Rouge quand le genou saigne ! 
Admiratif:  Pour votre générosité, quelle enseigne ! 
Lyrique:  Est-ce un extra-terrestre, êtes-vous « out of your mind » ? 
Naïf:  Cette montagne, quand la visite-t-on ?
Respectueux: Souffrez, Monsieur, qu'on vous salue
C'est là ce qui s'appelle avoir une conviction à toute épreuve! 
Campagnard:  He, ardé ! C'est-y un trop-plein d’ambition ? Nanain !
C'est queuqu'rêve géant ou ben queuqu'illusion naine ! 
Militaire:  Pointez contre vent et marée et surtout n’écoutez personne !
Pratique:  Voulez-vous faire reposer le succès sur la générosité des autres?
Assurément, Monsieur, ce sera grâce à leur confiance ! 
Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot : « Le voilà donc ce courage ou cette folie qui des traits de son maître a détruit l’harmonie. Il en rougit, le traitre! »

 

Bon assez de paraphraser Edmond Rostand et son personnage Cyrano de Bergerac. Je vous laisse plutôt y réfléchir. Mais retenez ceci : ce que souhaite, entre autres, la SRC est que ces défis fassent parler de la cause. C’est probablement pour cette raison qu’aucun participant n’est invité à rembourser dans l’entièreté du montant de sa collecte de fonds. Ce qui ne les empêche pas de faire, disons, des ventes de garage…😉.

 

Les participants du défi de l’ascension jusqu’au camp de base de l’Everest proviennent de partout au Canada. Chacun et chacune a ses raisons de participer à un tel défi. Certains d’entre eux ont même déjà fait quelques défis avec la SRC. J’anticipe le plaisir de vivre des difficultés (oui, vous avez bien lu) et des joies avec ces personnes qui se seront lancées avec moi dans cette aventure le cœur sur la main.

 

         Pourquoi ai-je choisi l’Everest comme premier défi? La réponse est fort simple. Je suis de nature extrême et pendant tellement longtemps, j’ai dû mettre sur la glace le simple rêve de mettre un pied devant l’autre pendant quelques semaines. Prioriser mes priorités, quoi! Combien d’entre vous ont dû mettre sur la glace leur vie parce que vous étiez en mode survie ou tout simplement débordé? C’est ce que j’ai fait pendant trop longtemps. Alors, imaginez, lorsque les portes de la liberté (oh comme c’est beau, bon un peu quétaine, mais bon) s’ouvrent. Qu’elle est, d’après vous, la première idée qui nous passe tous par la tête? Yaouiiiii! On sort dehors en bobettes et il n’y a rien de trop beau. Alors j’ai tout simplement décidé de faire le tout premier rêve sur ma liste des défis de marche que je compte faire dans ma vie. Le premier et fort probablement le plus difficile. Imaginez si je commence par le plus difficile, les autres ne seront qu’une petite marche de santé. Bon peut-être pas, mais une chose est certaine, mes chances d’être prêt seront meilleures. Eh oui, j’ai d’autres projets de marche de longue distance : La Traversée de Charlevoix avec ses 105 km en autonomie quasi complète, le tour du Mont-Blanc, la Terre de Feu en Argentine, et le chemin de Compostelle via le camino Francès avec ses 800 km à parcourir. J’en ai donc pour quelques années encore à mettre un pied devant l’autre… si les genoux tiennent le coup, évidemment.

 

Donc, voici à quoi ressemblera mon défi du camp de base de l’Everest dans le détail (mais sans les photos, car je garde cela à mon retour) :

 

  1. Départ de YUL (aéroport Montréal-Trudeau) et plus de 30 heures de vol et d’attente dans des aéroports ici et là. Je ne déteste pas l’avion, sauf au décollage et à l’atterrissage, et les aéroports m’amusent. Ce sera le vrai test. Peut-être vais-je changer d’idée après ce périple, sans compter qu’il faudra revenir… Atterrissage à Katmandou au Népal.

  2. La troisième journée se passera dans les rues de Katmandou… je crois que je vais visiter le chinatown… 😉 Le soir aura lieu la rencontre prédépart du groupe. Je ne serai qu’à quelques heures du départ… un départ imaginé plus de 17 mois plus tôt. Je vais probablement me sentir aussi fébrile que Nadir pouvait l’être la veille de son départ pour le sommet de la montagne.

  3. Le jour 4 se passera à Katmandou qui s’élève à plus de 1 330 m d’altitude. Il s’agira d’une autre journée d’acclimatation à l’altitude et aussi de s’adapter au décalage horaire (+10 heures et 30 minutes). Je crois que ce sera une journée d’achat de souvenirs « made in China », et ça ne sera même pas bizarre.

  4. Le cinquième jour nous prendrons l’avion vers Lukla (un des aéroports les plus dangereux du monde… yes!) qui se situe à 2 800 m d’altitude. Et question, encore une fois, de nous acclimater, nous ferons un trek de 2 heures vers le village de Ghat qui, lui, est situé à 2 530 m d’altitude. C’est, semble-t-il, ce qu’il faut faire pour s’adapter aux hauteurs : monter plus haut le jour et redescendre dormir plus bas.

  5. Les jours 6, 7 et 8 nous feront passer à 2 850 m, puis 3 440 m pour ensuite nous permettre de prendre une pause d’une journée à Namche Baazar.

  6. Les journées 9, 10 et 11 seront similaires aux trois journées précédentes, c’est-à-dire que nous grimperons pendant deux jours (passant à 3 770 m, puis 4 360 m) pour prendre une journée d’adaptation à l’altitude à Dingboche.

  7. Nous approchons du but. Le jour 12, nous grimperons encore et atteindrons une altitude de 4 930 m. Le lendemain, le jour 13, nous atteindrons le village de Gorak Shep situé, lui, à 5 288 m. Mais ce n’est pas fini, car au cours de cette même 13e journée, nous poursuivrons notre trek pour atteindre… roulement de tambours… le camp de base de l’Everest. Eh oui! La journée sera longue, soit un trek d’environ 8 heures. Car, oui, il faudra redescendre avant la nuit à une altitude raisonnable. J’imagine facilement les discussions des participants le soir venu. Cette journée aura été l’aboutissement de tant d’efforts, d’anticipation, d’émotions, de démarches pour boucler le financement. Cette journée du 25 avril 2019 restera une de ces journées que l’on encercle sur le calendrier.

  8. La quatorzième journée sera également spéciale. Nous ne ferons pas que redescendre. En fait, nous allons grimper. Oui, plus haut encore que l’altitude du camp de base. Nous montrerons au village de Kala Patar à 5 545 m d’altitude. Ensuite, nous rejoindrons, avant le coucher du soleil, le village de Dingboche (4 360 m). Après une marche d’environ 8 heures, nous devrions arriver au moment du coucher du soleil pour le voir disparaître derrière les montagnes de l’Himalaya.

  9. Les journées 15, 16 et 17 nous permettront de rejoindre Lukla à 2 800 m d’altitude. En soirée, ce sera l’occasion de fêter un peu… Oh, à peine… avec nos compagnons de route, dont les sherpas qui auront fait tout ce qu’il faut pour que nous puissions être fier de nous, c’est-à-dire de faire qu’une partie du travail qu’ils font tous les jours depuis des années et pour encore des années. Ouin, ça remet les choses en perspective, non?

  10. Puis, c’est le retour par avion de Lukla vers Katmandou, puis le lendemain, de Katmandou vers Montréal (eh oui, après plus de 30 heures de vol). Et ce ne sera pas terminé… il me faudra revenir à Lévis par la suite.

 

Vous vous en doutez sûrement, je m’attends à revenir de cette expérience humaine très fatigué, mais avec les idées claires, le cœur léger et un tantinet triste. Je m’attends à ce que ces 18 mois se soient passés tellement rapidement. Cinq mois se sont déjà écoulés et je n’ai pas vu le temps passer. Cinq mois à maigrir, à marcher, à lever des poids, à me développer les abdos (j’en ai toujours un seul à l’heure actuelle), et à faire du foutu spinning avec coach Kimberley… mais pour le spinning, je vous promets tout un chapitre là-dessus.