Une autruche sur l'Everest

3e publication - 15 avril 2018

Chapitre 1 - Oui, il y a plus malade que moi (2e partie)

 

Après-tout, on s’en contrefiche

 

         Mais d’où viennent ces rêves? Et surtout, pourquoi reviennent-ils nous hanter épisodiquement? Et dans quel contexte réapparaissent-ils sur notre radar?

 

Je dirais que c’est comme l’appel de la poutine. Oui, vous avez bien lu. C’est plus fort que vous malgré le fait que vous savez que vous allez le regretter. Quand le chant de la sirène poutine chante la pomme à votre gourmandise, vous savez que ça ne s’annonce pas bien pour votre santé, mais qu’il est tellement difficile d’y résister. Le sort en est jeté et vous allez  vous payer ce met dans les prochains jours, c’est certain. Ça vous ronge. Vous y pensez à chaque repas. Vous en êtes frustrés même. Ce plat « délectable » et significativement dangereux pour votre santé vous obsède. Vous ne faites que penser à çà. En déguster une, c’est le regret assuré, mais le tsunami gourmand est plus fort que vous. Vous passez par toutes les gammes d’émotions et tout ceci pourquoi au juste? Pour un moment d’extase (ou d’égarement) gastronomique, pour toucher le nirvana de votre palais, pour que votre langue jouisse, ou tout simplement parce la chair est faible.

 

C’est durant ces envolées lyriques que je me pose des questions concernant mon équilibre mental. Dans les faits, j’espère pour vous que vous n’êtes pas à ce point (voire pas du tout) sous l’emprise du proxénète poutine. Sinon, il faudrait faire une série télévisée avec vous comme personnage principal. Mais je dois vous avouer que ce fût mon cas pendant plus d’une vingtaine d’années. La poutine et tous les plats que les restaurants où l’on vous sert rapidement ce que l’on ose appeler de la nourriture. Oui, je l’avoue, j’ai été pendant trop longtemps un PA.

 

Mais aujourd’hui, je suis fier de dire tout haut que je suis un Poutineux Anonyme (PA) qui est capable de résister au chant mélodieux de la poutine. Alors qu’à une époque, je pouvais prendre mes trois repas quotidiens dans des restaurants (et pas les plus recommandables), je fais, depuis peu, attention à ma santé grâce à une alimentation saine et évite autant que possible les établissements de restauration de haute vitesse et de mauvaise réputation. Chers PA, Yes we can!

 

En conclusion, cette récurrence de certaines idées est peut-être dans le fond un besoin, tout comme dévorer cette poutine obsessionnelle. Et un besoin non comblé peut devenir à la longue un manque, un inconfort. Quand un besoin est légitime et qu’il vous envoie des messages régulièrement (du genre : eille, je suis-là… you ou!), ne vaudrait-il pas mieux l’écouter? Ne vous harcellera-t-il pas le reste de votre vie tant que vous ne l’aurez pas comblé. Peut-être arriverez-vous à vous raisonner (ou faire l’autruche) et vous convaincre que vous feriez mieux d’ignorer cet appel? Mais ce serait une erreur, une très grave erreur, croyez-moi.

 

Ceci dit, où en étions-nous déjà? Ah oui, la formation de nos rêves (c’est ce qui s’appelle faire tout un détour). Donc, j’ai posé plus tôt les trois questions suivantes :

 

  • D’où viennent ces rêves?

  • Pourquoi reviennent-ils nous hanter épisodiquement?

  • Et dans quel contexte réapparaissent-ils sur notre radar?

 

Et s’il existait une seule et même réponse à ces trois questions? Et si cette réponse était en fait une autre question? Et si cette réponse était : Pourquoi chercher à répondre à ces questions? Non, je ne déconne pas. Ça serait tentant, mais suivez-moi bien dans mon délire.

 

Et si ces rêves ne sont en fait que des besoins que vous DEVEZ combler et que votre subconscient vous les rappelle? Et si votre subconscient, lui, savait ce qu’il vous faut pour vivre une vie à votre mesure, pour être qui vous pourriez être? Et si, dans le fond, vous n’aviez qu’à l’écouter au lieu de faire la sourde oreille et vous poser continuellement des questions? Et si, moi-même,  je cessais de poser des questions? Je commence moi-même à m’étourdir.

 

Et voici LA réponse à toutes ces questions : on s’en contrefiche! C’est le dernier de nos problèmes! Passez Go et ne réclamez rien, absolument rien. Hasta la vista baby. Sayon ara. Euh kossé?

 

Bon, c’est constructif. Et d’une subtilité. C’est pour le moins, tout en nuance. Non, mais j’ai étudié combien de temps le développement personnel pour en arriver à cette réponse? Encore une autre question… décidément.

 

         Ce que je veux dire, c’est que si vous n’écoutez pas ce besoin récurrent, vous allez le regretter. Oui, regretter comme dans le mot « On haït çà les regrets ». Donc, que vous sachiez d’où, pourquoi ou dans quel contexte ces rêves vous harcellent, vous hantent ou vous obsèdent : bien on-s’en-contrefiche! Le simple fait de s’imaginer dire « J’aurais donc dû » plus tard dans votre vie devrait suffire à vous pousser à saisir l’occasion de réaliser ce rêve (ou besoin qui possède la sagesse de vous faire un signe de temps à autre) lorsqu’il se pointe. Pour ceux et celles qui n’en sont pas convaincus, je vous invite à vous procurer mon livre L’autruche ou la vie dans lequel j’expose de long en large cette manière de concevoir la vie et en particulier, une vie de rêve. Ça ressemble à de la pub subliminale et pas si subliminale que çà… bien c’en est! L’important est que vous reteniez que vous n’avez pas vraiment le choix de saisir le message et d’agir. Ne tombez surtout pas dans le piège (voir le chapitre 7 de mon livre).

 

C’est un appel… répondez.

 

L’appel

 

         Vous pensez vous aussi que Mike Horn est un grand malade (voir ma définition de ce terme plus haut), eh bien, laissez-moi vous parler de Nadir Dendoune. Un autre énergumène de la même trempe que Mike Horn. Nadir est plutôt difficile à cerner. Il fait ce qu’il fait pour des causes, pour ses convictions. C’est, du moins, ce que j’en conclue de par son parcours : 3000 km de vélo en 3 mois pour traverser l’Australie, puis il fait le tour du monde à bicyclette contre le SIDA, et enfin, il atteint le sommet de l’Everest… sans aucune expérience préalable en alpinisme. En fait, dans ce dernier défi, il s’invente un curriculum vitae d’alpiniste pour s’assurer qu’une équipe de grimpeurs l’accepte dans l’équipe en vue d’une ascension sur le toit du monde. Car ne se retrouve pas qui veut sur le sommet de l’Everest. Il faut toute une feuille de route pour faire partie de l’élite mondiale de l’alpinisme ou encore, il faut être créatif et sans trop de scrupules. Nadir avait le potentiel de l’élite du monde de l'alpinisme et la créativité d’un scénariste d’Hollywood.

 

         Il devint un membre d’une équipe de grands rêveurs qui eux, contrairement à lui, possédaient le bagage nécessaire pour faire partie d’une telle expédition. Je l’ai mentionné un peu plus tôt dans ce texte, les risques sont élevés sur l’Everest. Cette montagne a pris plusieurs vies de surhommes et surfemmes qui avaient tout ce qu’il fallait pour réussir l’ascension et redescendre en un seul morceau (et surtout encore en vie). Malgré leur condition physique d’exception, leur expérience et leur préparation de pointe, la chance n’a pas toujours souri.

 

         Alors, imaginez un touriste qui se fait passer pour la dernière merveille de l’alpinisme et qui, rapidement, ne peut qu’avouer, par ses faits et gestes, sa supercherie. Mais à ce moment, il est trop tard. La seule chose qui pourrait faire plaisir à presque tous ses compères d’escalade est qu’il abandonne avant que son inexpérience n’entraîne une situation fâcheuse pour les autres grimpeurs. Ce qu’il ne fera pas. Pour ses convictions et pour toutes les autres raisons qui l’ont poussé à faire ce qu’il a fait, il a persévéré. Il faut l’avouer. Il a passé bien près d’abandonner. Il a risqué sa vie plus d’une fois en réalisant ce projet, mais il a gagné son pari.

 

         Çà c’est malade. Il y a pas plus malade que çà. Bien peut-être...

 

Pourquoi suis-je plus malade que Mike et Nadir réunis

 

C’est mon pote Fred qui m’a parlé du livre de Nadir (Un toquard sur le toit du monde) tout récemment, peu après lui avoir parlé de mon projet de l’Everest. Tout en subtilité, pas vraiment, il m’a dit que l’histoire de Nadir lui avait fait penser à mon prochain défi. Il est possible d’interpréter ce commentaire de diverses manières, disons-le ainsi pour être poli. Et je le comprends. Je ne prévois pas faire l’ascension complète du mont Everest, mais tout de même, vous serez à même de le constater, je pars de très loin et je me fixe comme premier objectif d’atteindre le camp de base situé à près de 18 000 pieds (5 400 m) d’altitude. Atteindre le camp de base sera déjà pour moi tout un exploit… pour l’instant du moins… 

 

Voici d’où je pars : en janvier 2017, il y a 15 mois de cela, j’étais dans une forme exécrable. Oui, exécrable. J’étais alors à l’aube de la cinquantaine avec un embonpoint qui, au fil du temps, était devenu une habitude. Une mauvaise habitude, mais une habitude quand même. Et c’est fou comme il est facile de ne plus remarquer certaines habitudes, les mauvaises de préférence. On se nuit soi-même et on n’en fait plus de cas. Pourtant, on le sait. Oui, quelque part dans notre tête, le malaise est bien présent. On le sait très bien que c’est une erreur, mais la corriger ne se trouve pas sur notre liste de priorités. Et pourtant, elle est là l’erreur, pas loin, et nous chicotte toujours. Il y a de ces erreurs qui vous soufflent dans le cou, qui vous mordille le lobe de l’oreille, qui sont plutôt difficiles à ignorer, qui vous pèsent lourd chaque seconde, de chaque minute, de chaque jour de votre vie et qui peuvent en affecter plusieurs aspects.

 

La mienne, mon erreur, ce fut essentiellement de m’oublier. De me placer tout en bas dans ma liste de priorités. Sortir les vidanges est même passé devant moi sur cette liste, c’est pour vous dire. Et ce mauvais choix a eu des conséquences majeures dans plusieurs sphères de ma vie. Comment ne pas être déçu de soi lorsque l’on n’est même pas une priorité pour soi-même? Aussi, m’oublier a notamment eu des répercussions sur ma santé, et plus spécifiquement mon poids.

 

Donc à 50 ans, du haut de mon mètre soixante-treize (5 pieds et 8 pouces), je pesais 283 livres (128 kg) en janvier 2017. J’avais mal à mes deux genoux dû en partie à des problèmes d’arthrose, sans parler de mon ménisque interne droit blessé quelques années auparavant. Et comme si ce n’était pas assez, l’ensemble de ma condition physique s’était au fil des années à ce point dégradé que le simple fait de penser faire l’ascension d’un escalier m’essoufflait. Et je blague à peine. Non, mais qu’est-ce qui m’est passé par la tête toutes ces années? Ai-je dormi tout ce temps?

 

J’avais depuis plus de 25 ans le projet de faire la traversée de Charlevoix, soit une marche de 7 jours en forêt. Et comme c’était l’époque des résolutions, je m’étais promis de me remettre en forme pour réaliser ce projet à l’automne 2017. Je me suis donc mis à marcher plus régulièrement, la fin de semaine, principalement. Je l’ai fait… à l’occasion. Suffisamment pour perdre une vingtaine de livres (environ 10 kg) en 9 mois. Puis j’ai décidé de faire le ménage de ma salle de bain!

 

Euh… vous dites-vous possiblement.

 

Pour tout dire, je voulais raccourci le délai et marcher pendant 5 jours au lieu de 7 (question de me compliquer la vie), franchir plus de 100 km en autonomie presque complète et donc à transporter 45 livres (20 kg) de matériel dans la forme physique « d’enfer » dans laquelle je me trouvais!!! Il est vrai que je me sentais mieux, mais assez pour relever ce défi? Jamais. J’ai donc « décidé » de me blesser au dos quelques semaines avant de partir… en passant un chiffon sur le comptoir dans ma salle de bain.

 

… ?

 

Pour tout dire, je n’ai rien fait de périlleux pour que cela se produise. Si au moins j’avais pris des risques insensés et fait une activité physique d’adolescent. Même pas. J’étais fâché. Frustré, même. Et toujours dans une condition physique plus qu’ordinaire. Je n’ai que nettoyé un comptoir. C’est tout. Pfffff! C’est comme si je m’étais dit que je deviendrais en forme en faisant la Traversée de Charlevoix… c’était mettre la charrue devant les bœufs.

 

Puis mon dos a bloqué. C’était la première fois de ma vie. Ça surprend. Et c’est plutôt douloureux.

 

Après environ 8 semaines de repos, le dos s’était rétabli et la saison de marche était terminée. Des événements sont venus brouiller ma logique à partir de ce moment-là. Nous sommes au  à la fin du mois d’octobre 2017 et dans un geste irréfléchi et incontrôlé, je décide de m’inscrire à l’un des défis de la Société de recherche sur le cancer : faire l’ascension du mont Everest jusqu’à son camp de base à près de 18 000 pieds (5 400 m) d’altitude où l’on ne retrouve que 50% d’oxygène dans l’air.

 

Dans l’état physique dans lequel j’étais à l’époque : c’était une décision complètement insensée. C’était complètement malade!

 

Mais au moins… non, il n’y a pas de « Mais au moins ». C’était juste malade… point final. Vous pensez peut-être que j’ai eu la sagesse de ne pas me fixer comme objectif de grimper tout en haut du mont Everest! Mais entre nous, c’est probablement et tout simplement, parce que la Société de recherche sur le cancer n’offrait pas ce défi…

 

Bon, voici le constat : je vous ai parlé de deux grands malades (Mike et Nadir)… mais c’est le troisième qui remporte la palme. Oui, il y a plus fêlé que Mike Horn, Nadir… il y a moi. Souhaitez-moi bonne chance et partagez dès maintenant vos sympathies à mes proches.

Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. Je suis l'emplacement idéal pour raconter votre histoire et pour que vos visiteurs en sachent un peu plus sur vous.