Une autruche sur l'Everest

2e publication - 8 avril 2018

 

Chapitre 1 - Oui, il y a plus malade que moi

Une vie plutôt emmerdante, oui c’est possible

 

C’était il y a de cela environ une dizaine d’années de cela. Je fouinais dans la section voyages d’une librairie à deux pas de mon travail. Je m’évadais. C’était sur l’heure du midi. Je m’en souviens très bien. C’était un des rares moments de la journée où je ne m’emmerdais pas. Sans hésitation, un de mes moments préférés de la journée. Il y avait aussi le soir et la fin de semaine où mes obligations professionnelles ne me pesaient pas trop sur les épaules. Et quand je dormais… et encore. Mais le reste du temps, professionnellement parlant, j’aurais préféré être ailleurs… de mon corps. Où… je ne pourrais le dire, mais une chose est certaine, ailleurs. Pas surprenant que je traînassasse mes savates sur la rue St-Jean [1] tous les midis dans une des librairies du quartier… surtout dans la section voyages.

 

Je le savais pourtant. Sans pouvoir mettre des mots précis sur les sentiments qui m’habitaient depuis déjà trop longtemps. Je n’ose même pas compter, ce serait suffisant pour envisager l’euthanasie volontaire. Il y a « ne pas toujours aimer son emploi » et « trouver son travail plutôt beige ». Et je suis poli. À chacun son truc, non? L’important c’est d’être à SA place, non? Bien que la vie aime tout particulièrement nous lancer des défis et que  rien ne soit toujours parfait, il y a tout de même des limites! Non, mais beige. Beige!!! Ce n’est pas une vie çà. Et pendant si longtemps. Le supplice de la goutte ne ferait même pas plus de dommages sur un individu a priori sain d’esprit. Mais j’ai enduré, j’ai justifié cette inertie et je m’en suis convaincu. Beige sera ma nouvelle couleur favorite.

 

… j’avais des obligations. Deux pour être précis. Deux adorables obligations préadolescentes. Il y avait aussi la maison, le chien, la voiture, les dettes, les dettes de mes dettes et les dettes de mes dettes de mes dettes. Vous ai-je parlé de mes dettes? J’ai réalisé que j’étais devenu esclave. Esclave de mes dépenses… de ce minimum nécessaire pour vivre qui n’était pas en fait un minimum. La pression sociale et le manque de perspective brouillaient ma vue et je me pendais littéralement à petit feu avec les obligations que j’avais créées de toute pièce. Ces obligations prenaient plusieurs formes. Que ce soit en temps ou en argent sonnant, j’étais coincé. Entre l’écorce et l’arbre ou si vous préféré dans un étau qui se refermait  lentement… doucement… calmement… mais l’issu était prévisible. C’était la potence, le châtiment éternel, un feu qui s’éteint. Comme la flamme, en un souffle, j’aurais pu disparaître et ne laisser qu’une fumée rejoindre le ciel.

 

Ce midi-là, je ne pouvais m’en douter, mais ma vie, telle que je la connaissais, allait changer. À partir de ce moment, elle ne serait plus jamais la même. Ce midi-là, je ne verrais plus la vie en beige. Ce midi-là, j’ai connu une épiphanie. Ce midi-là, j’ai rencontré un gars plus malade que moi. J’ai rencontré Mike Horn.

 

Puis vint Mike Horn

 

         « Rencontré » est un bien grand mot. Dans cette librairie, je suis tombé sur un livre intitulé « Latitude zéro ». Sur la page couverture, un homme barbu pagayant sur une pirogue dans une rivière à l’eau brune en pleine jungle. Pas un beau coucher de soleil agrémenté de formes féminines ou de montagnes ornées de neiges éternelles. Si au moins, il y avait eu des bébés, des chats, ou encore mieux, des bébés chats… mais non. Une page couverture qui n’attire pas vraiment. Ce n’est pas comme mon livre L’autruche ou la vie !!! Désolé, il fallait que je l’écrive. Non, mais c’est vrai. Il faut bien l’avouer, elle a de la gueule ma page couverture. Enfin, passons.

 

         Malgré tout, l’image m’a saisie. En lisant la quatrième couverture, et avant même de finir de lire ce qui s’y trouvait, je me dirigeai vers le comptoir-caisse avec Mike sous mon bras. Quelques mots ont suffi pour que je devienne son plus grand fan. Bon, deuxième, c’est Fred, mon pote, le plus grand fan de Monsieur Horn. Mais pour moi, c’était un de ces moments où prendre une décision d’achat était d’une simplicité telle que réfléchir aurait été considéré comme un gaspillage de temps et d’énergie. Je ne le savais pas encore, mais je venais d’acheter un livre qui aura dans ma vie une influence majeure. D’autres livres ont eu un impact dans ma vie, comme Le Prince de Nicholas Machiavel, Petit guide pratique à l’usage des gens intelligents qui ne se trouvent pas très doués de Béatrice Millêtre, et L’éveil de votre puissance intérieure de Tony Robbins.

 

         Quant au livre « Latitude zéro » de Mike Horn, je l’ai dévoré comme on lit un roman. Quand vous tombez sur un de ces livres que vous ne pouvez pas déposer, quel beau moment. Et pour avoir lu tellement de livres de tous les genres (ou presque), ce n’est pas souvent que cela arrive. Il y a plusieurs bons livres dans les librairies du monde, mais une œuvre qui captive au point de la traîner partout avec moi au cas où j’aurais 30 secondes de libres, eh bien çà c’est plus rare. Et depuis, ce livre ne me quitte jamais. Je le traîne dans mon sac à dos partout où je vais. J’ai même dû en acheter une autre copie pour la prêter à mon entourage. Chose, d’ailleurs que j’ai fait avec mon pote Fred. Il se trouvait alors dans un moment, disons, calme dans sa vie. Une blessure et les obligations familiales l’avaient contraint à cesser un certain nombre d’activités. Sa vie était devenue plus calme… très calme. Puis, en lui prêtant ce livre, j’ai, sans m’y attendre, réveillé un lion qui dormait. Oui, je crois que j’ai créé un monstre. Depuis, il suit pas à pas les aventures de Mike Horn et s’est remis à l’entraînement. La course, la survie en forêt, l’écriture… un monstre, je vous dis. Mais, bref, je crois aux livres et à ce qu’ils peuvent nous apporter.

 

Un vrai malade ce Mike. Non, mais quel défi de malade : faire le tour de la terre en solitaire par bateau, la marche et la bicyclette en passant par l’équateur. 17 mois de labeur, mésaventures, et découvertes. Tout ceci parce, pour vivre, selon ses critères, c’est ce qu’il devait faire. Cette aventure n’était qu’un prélude à ce qui allait suivre. Oui, Mike est un grand malade. Et vous l’aurez deviné, pour moi, être un grand malade est la plus grande marque d’admiration possible. Pour moi, être décoré de l’ordre du grand ou de la grande malade, c’est la plus haute distinction à recevoir.

 

Sa mission, il la connaissait

 

Tout jeune, Mike Horn a découvert son penchant pour l’aventure, pour ce qui est extrême. Dans son livre intitulé « Vouloir toucher les étoiles », il décrit avec une certaine nostalgie certains de ses souvenirs d’enfance, ses « voyages » à bicyclette dans son Afrique du Sud natale. Il décrit à quel point son désir de voir le monde était solidement ancré en lui déjà à cet âge. Ce désir de toujours dépasser ses limites, aller toujours plus loin… dépasser l’horizon. Comme quoi, il a été attentif à ce qu’il ressentait et n’a pas enterré sous une pile d’obligations ce rêve de jeunesse. Vous, êtes-vous attentifs à ce que vous ressentez? Avez-vous enfoui vos rêves sous ce que vous croyez être vos obligations? Avez-vous peint en beige votre ciel étoilé, votre coucher de soleil, ou ces pics couverts de neige éternelle? Oui, c’est le temps de rougir. Désolé, c’est moi çà, mais il fallait (oui, il le fallait) que je l’écrive.

 

         Et un jour, malgré les succès financiers que Mike connaissait, malgré cette vie parfaite, il fit sa sortie de zone, comme dirait Daniel Blouin (auteur, coach et conférencier). Il vendit tout ce qu’il avait, ne se garda que l’argent nécessaire pour prendre le premier avion pour quitter son pays natal et recommencer sa vie. L’aventure avec un grand A, quoi! Çà c’est malade et pas à peu près, non! Oui, c’est admirable. Façonner sa vie à sa mesure. Être. Qui n’a pas rêvé un jour de tout sacrer sa vie-là pour recommencer ailleurs à faire autre chose et devenir la personne que l’on a toujours souhaité être? Personne? Juste moi alors? Je ne vous crois pas. Avouez-le. Je ne le dirai à personne, je vous le promets.

 

C’est en Suisse qu’il se retrouva, sans argent et sans contact. Les premiers moments de sa nouvelle vie ne furent pas faciles, rappelle-t-il. Mais il ne fait pas mention de son désir de revenir dans son passé. C’est d’ailleurs ce que je pense et fais. Jamais je ne reviens en arrière… jamais. Et c’est ce que je me suis toujours poussé à faire. On n’écrit pas un nouveau chapitre d’un livre en faisant un copier-coller du chapitre précédent. Quoique ce serait plus facile écrire un livre… je vais y penser. Allez, on tourne la page et on passe à la suivante. La vie, c’est comme un livre : ne perdons pas de temps à toujours relire la même page si l’on souhaite connaître la conclusion de l’histoire.

 

Mike Horn avait réalisé quelques chapitres de sa vie. Celle qu’il souhaitait se trouvait devant lui et non derrière. Son prochain chapitre allait être palpitant. Et il l’a façonné à sa façon et selon ses goûts et intérêts, soit à son image. Si vous me demandez si j’admire Mike Horn, la réponse est évidente. Et je vous dirais que la raison ne l’est pas elle. On pourrait croire que c’est par ses exploits, mais non. Ne me méprenez pas, il a fait de grandes choses à mes yeux et des trucs exceptionnels. Je ne pourrais même pas m’imaginer faire le quart de la moitié du commencement de l’un de ces exploits. Juste l’imaginer, me donne le mal de l’altitude. Mais son plus grand exploit restera à mes yeux est de s’être écouté et d’avoir fait ce que sa petite voix intérieure le guidait de faire. Il ne l’a pas étouffé. Il l’a suivi. C’est ce que je considère vivre. Et vous? Oui, vous. Écoutez-vous votre petite voix? Bon je recommence. Eh oui, je tiens à vous faire sentir un peu mal. C’est ma mission.

 

         Tout abandonner pour vivre, çà c’est le vrai courage. Il a été audacieux. Il a cru en ces rêves. Il était à sa place. Il s’est écouté. Il a choisi, il a agi et il a persévéré dans les moments difficiles. Il vit quoi! Bravo!

 

L’illusion de la vie

 

         Pour bien des gens, Mike Horn est un grand malade. Je suis d’accord. Il est malade de la vie. Et lorsque je vois des gens comme lui dépasser tout ce qu’il est possible de réaliser comme exploit ou faire ce que l’on considère comme impossible, je me dis qu’ils ne regretteront rien ces gens-là. Et il y en a plusieurs comme Mike Horn. Et dans plusieurs domaines. J’aurai l’occasion de vous en « parler » plus loin. Finalement, être malade est une excellente chose. C’est comme si vivre impliquait nécessairement de ne faire aucun compromis et d’être à 100% fidèle à soi-même. C’est possiblement une façon simpliste d’expliquer la recette du bonheur, certes, mais une chose est certaine, il s’agit d’un bon moyen pour être serein, comblé et toujours en état de grâce. Aucune hésitation à répondre oui. Oui, je vis une vie de rêve. Je vis ma vie. Et vous? Pouvez-vous en dire autant? Que répondriez-vous? Vivez-vous votre vie de rêve? Non, je ne vous lâcherai pas. J

 

         Faire des compromis tous les jours et plusieurs fois par jour, ne pas écouter qui vous êtes vraiment et ce que vous souhaitez vraiment dans la vie est un moyen de se bercer constamment dans l’illusion. Pourtant, vous savez quoi faire pour être… pour vivre. Ne pas s’écouter, ce n’est pas çà la vie. La vie, c’est plus grand que çà et moins tangible que les trucs que l’on s’achète et les gestes que nous posons. Vivre, c’est être et pour être, il faut ressentir. Oui, ressentir cette sérénité si agréable. Je vous suggère de vous poser sérieusement la question. Trouvez le Mike en vous. Que pourriez-vous faire aujourd’hui qui vous mènerait un peu plus près de cette vie de rêve? Oui, vous! Vous et maintenant! Allez, nous en reparlerons la semaine prochaine…

 


[1] C ’est sur cette rue commerciale et touristique située dans la ville de Québec et plus précisément le quartier du Vieux-Québec. C’est chez Pantoute, une de mes librairies favorites, que je m’évadais à cette époque. J’ai moins ce besoin aujourd’hui. J’ai des projets et des rêves à réaliser. Essayez, vous verrez, c’est une drogue… légale.