Bienvenue sur le blog de Jacques Bureau!

Ceci est un livre-réalité... publié sur ce blog au fur et à mesure qu'il s'écrit. Il raconte les tribulations, ses réflexions et rencontres de Jacques Bureau qui a décidé de faire l'ascension jusqu'au camp de base du mont Everest en avril 2019 afin d'amasser des fonds pour la recherche sur le cancer.

 

Commanditaires :

McAllyster www.mcallyster.com

JA Lemieux (Assurances et Services Financiers) www.jalemieux.qc.ca

Vue panoramique de l'Everest (au centre gauche) et des sommets environnants (W. Mason Fuller, 2004)

Une autruche sur l'Everest

1re publication - 1er avril 2018

 

Une première montagne pour transformer ma vie...

Lévis, Québec, Canada, 1er avril 2018

 

Avant-propos

C’était en octobre 1988, ou plutôt en novembre. Je ne m’en souviens plus très bien. J’avais 21 ans. J’avais alors lu un court article à propos de quatre types [1] qui avaient disparu en faisant l’ascension du mont Everest. Ces quatre hommes originaires de la Tchécoslovaquie (depuis 1992, la Slovaquie et la République tchèque) avaient rejoint 8 000 mètres d’altitude. Il ne leur manquait que quelques centaines de mètres et ils y étaient. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que 848 mètres à cette altitude étaient toute une commande. La réalité dépassée la zone de la mort (à plus de 7 500 mètres d’altitude) n’est pas du tout la même. Avec 30% d’oxygène dans l’air à cette altitude, un être humain peut survivre tout au plus 24 heures.

 

Je ne connaissais pas du tout le monde de l’alpinisme. J’avais, comme tout le monde, entendu parler du mont Everest… une grosse roche avec de la neige toute l’année… quelque part dans le monde. Il faut m’excuser, je sortais à peine de l’adolescence et je commençais à peine à m’intéresser à autre chose que mon nombril. Je me souviens alors m’être demandé : pourquoi? Pourquoi risquer sa vie pour faire de l’exercice. Coure jusqu’au dépanneur du coin, puis revient sur tes pas, ça devrait faire l’affaire. Si au moins il y avait de l’or ou la meilleure poutine du monde au sommet de l’Everest. Mais non, même pas. 

Mais tout de même et malgré la tragédie de ces quatre hommes, je me rappelle m’être dit que le défi apparaissait plutôt attrayant. Plus j’y réfléchissais et plus je trouvais l’idée géniale. Était-ce un mélange d’insouciance d’un jeune pourri gâté par la vie trop facile que nous connaissons en Amérique du Nord. D’une certaine façon, j’admirais la bravoure de Dušan, Peter, Jaroslav et Jozef. Ils étaient allés jusqu’au bout de leur idée, malgré les risques, les coûts, les efforts et quoi d'autre encore. Je ne connaîtrai jamais leurs motivations profondes, mais j’imagine qu’ils savaient dans quoi ils s’embarquaient et qu’ils étaient disposés à en assumer les conséquences.

Au lieu de m’effrayer ou me décourager, leur sacrifice a su me séduire, me faire rêver. C’est comme si sans comprendre je comprenais pourquoi ils avaient pris tant de risque. J’avais la conviction qu’ils n’avaient pas de regret là où ils se trouvaient maintenant, car ils avaient essayé d’aller jusqu’au bout. Tout simplement au bout. Et pour la vie, j’imagine. Pas d’arbres pour la cacher.

Ce n’est pas rien de grimper sur le sommet du monde. Je l’ai appris et compris beaucoup plus tard dans ma vie alors que j’ai lu à propos de l’ascension de l’Everest, de nombreuses expéditions réussies, remises ou qui se sont terminées dans le drame. S’il y a une chose qui est certaine, c’est que l’on ne se lance pas dans ce défi sans envisager les conséquences. En fait, escalader l’Everest jusqu’à son sommet est un projet risqué parmi tant d’autres. Aujourd’hui, combien de sports extrêmes voient de leurs participants perdre la vie lors d’une compétition ou une pratique. Combien de gens se blessent en faisant des activités extrêmes et perdent leur forme physique pour le reste de leur vie. Qu’y a-t-il de si attirant dans le risque, l’incertain, l’extrême? En fait, pourquoi? Juste pourquoi?

À 21 ans, je me suis donc dit qu’un jour je verrais l’Everest de près… très près. 30 ans plus tard, j’y suis presque. En fait, le 13 avril 2019, je devrais m’envoler (probablement avec Air Yéti) pour le Népal avec mon équipement de marche. Comme premier voyage dans ce coin du monde, je compte faire le trek qui me mènera au camp de base du mont Everest. Une étape à la fois. Mais si j’ai la chance de discuter avec des grimpeurs qui comptent se rendre au sommet, je vais déjà m’approcher un peu plus de ce rêve.

Comment çà juste le camp de base… est-ce tout? Je vous verrais bien vous. Car dites-vous bien qu’il n’y a que 50% d’oxygène dans l’air au camp de base de l’Everest (environ 5 400 m). Il se situe à une altitude où aucune forme de vie n’existe sur notre bonne vieille terre. Soit, ce n’est pas comme au sommet de l’Everest (8 846 m) où l’on ne retrouve que 30% d’oxygène dans l’air et où un être humain ne peut survivre tout au plus 24 heures, mais tout de même. Le camp de base demeure un premier défi de taille.

Oui, j’ai bien dit un premier défi. Parce que je suis un petit peu malade sur les bords. J’ai des préférences pour ce qui est extrême. Ne me demandez pas pourquoi courir jusqu’au dépanneur du coin ne me stimule pas. Non, moi il faut que je traîne mes pénates sur l’Everest… et peut-être un jour tout en haut. Et quand je dis « un petit peu malade », je suis gentil. Disons que depuis mes 21 ans, j’ai trouvé le moyen de ne pas trop bouger. Faire de l’exercice? Pourquoi? Avant que j’imite le comportement d’une plante de plastique pendant environ 24 ans, j’étais un sportif. Peu importe le sport, j’étais à l’aise et j’avais une capacité cardiovasculaire (ou cardio pour les habitués) d’enfer. Mon truc à moi, c’était le soccer. Et Dieu seul sait à quel point mes petites jambes couraient vite.

J’ai donc rallumé les lumières à 43 ans : et si je me remettais au sport? Oui, bonne idée. Alors quoi? Je sais, la Ligue nationale de hockey, la coupe du monde de soccer, les olympiques… tout y est passé. Certains affirment qu’il est sage d’être modeste dans la vie. Ah bon! Grand bien leur fasse, mais ce n’est pas pour moi çà. Et le pire, c’est que j’y ai réellement songé… pas la Ligue nationale de hockey ou la coupe du monde de soccer, mais les olympiques. On a de l’ambition ou on n’en a pas - .  Comme quoi le délire est à la portée de tous. Je me suis dit, la marche rapide de 50 km… pourquoi pas. À l’époque, Beijing présentait les Jeux olympiques d’été (2008). Il y avait un marcheur dans l’équipe canadienne, Timothy Berrett, qui avait alors 45 ans et qui avait étudié en économie (tout comme moi… c’était un signe… parfois, on voit bien ce que l’on veut bien voir). Après un été à m’entraîner en touriste à la marche, j’ai pris ma retraite de cette discipline. J’avais perdu plus de 40 livres sans me blesser, voilà ce que ce projet m’avait donné. L’idée ne m’est plus jamais repassée par la tête. Comme quoi, j’avais essayé.

Et pour poursuivre sur ma lancée, je suis revenu à mes premières amours. J’ai opté pour une ligue de soccer pour les vieux croutons. Non, mais c’était hilarant. L’équipe avait un maillot qui aurait été de la bonne taille pour des jeunes de 12 ans ou moins. Lorsque je le revêtais, il descendait tout juste sous les pectoraux. Le pire c’est que je raconte cette histoire dans un livre… je n’ai vraiment pas de fierté. Je faisais office davantage d’une mascotte que d’un joueur de soccer. Un tutu aurait complété mon équipement à merveille. J’étais tout simplement à croquer. Car malgré tout le poids perdu, j’avais encore du travail à faire. J’avais des réserves pour nourrir pendant une année l’Éthiopie au grand complet.

Mais comment voulez-vous que je puisse me surpasser dans ces conditions? Un tutu pour jouer au soccer!!! Bon, il y avait encore cette centaine de livres en trop que je devais traîner avec moi partout où j’allais. J’ai rapidement constaté que du point de vue du cardio, j’avais du rattrapage à faire. Mais si ça n’avait été que çà. C’était sans compter sur le fait que mes articulations n’aient pas rajeuni elles non plus. Bien au contraire. Ajoutez-y un peu d’arthrose est le tour est joué. Vous avez une recette pour la catastrophe. Mais comme j’adorais toujours autant ce sport et que, malgré tous ces handicaps (poids, cardio et articulations déficientes), je me défendais plutôt bien.

Mon poids diminuait quelque peu pendant l’été à force de faire des buts (hé! hé!). Mais l’hiver venu, j’emmagasinais de nouveau des réserves qui auraient pu reléguer la famine dans le monde à un mauvais souvenir. Et d’un hiver à l’autre, je prenais de plus en plus de poids. Au début de chaque été, c’était un nouveau départ et avec l’âge, je dois avouer que ce n’était pas plus facile d’une année à l’autre.

C’est à l’âge de 45 ans que j’ai appris la signification du mot « ménisque ». J’en ai surtout profité pour apprendre les limites de son élasticité et par le fait même le mot « ayoye » auquel j’ai copieusement greffé quelques jurons… plus d’une fois d’ailleurs. Un ménisque, ce petit coussin insignifiant, joue pourtant un rôle majeur dans le quotidien d’un genou. En fait, ce petit coussin qui se trouve entre deux os dans le genou évite bien des douleurs atroces lorsqu’il n’est pas brisé et surtout, en bonne condition, me permettait de dormir la nuit. Oui, car si vous le déchirez en faisant un geste pour lequel il n’est pas conçu ou que vous portez trop de poutines à votre taille et l’écrasez à chaque pas, vous risquez d’avoir une désagréable surprise, mais surtout une douleur dont vous vous souviendrez longtemps.

Si vous avez le malheur d’être à la fois en surpoids et de faire un mouvement que vous auriez dû éviter, eh bien là, vous jouez avec le feu. Par une belle soirée d’été, sur un terrain de soccer tout éclairé, j’ai réalisé que j’avais abusé de cette partie de mon corps (pas la bonne partie, évidemment). Malgré le mal intense, pourquoi arrêter de jouer, me demanderez-vous? J’avais trop de plaisir. Mais au fur et à mesure que la partie progressait, mon plaisir diminuait radicalement et la douleur, elle, commençait à prendre toute la place… jusqu’au moment où, bien involontairement, j’achevais le travail déjà bien amorcé quelques minutes plus tôt. Je ne suis pas généralement pas  facilement affecté par la douleur… mais là c’en était trop. J’ai dû abandonner mon tutu et mon retour dans les grandes ligues des vieux croutons frappa un mur. En fait, je ne le savais pas, mais c’était la fin.

J’ai marché en béquilles et au moyen d’une canne pendant près de 8 mois… puis arriva le jour de mon opération. C’était le temps, puisque le lendemain, je déménageais. Autre mauvaise idée. Mais finalement, je pus de nouveau dormir des nuits complètes. Des nuits sans douleur au genou, au mollet et à la hanche. Enfin, j’étais libéré. Bon quand est-ce que je peux recommencer, doc?

La réponse ne fut pas celle que j’attendais : « Jamais… et il faut oublier les Jeux olympiques aussi ». Bon, ça pouvait aller pour les Jeux, mais pour le soccer… plus jamais je n’allais porter mon tutu et me sentir aussi sexy. Le docteur a bien vu que je ne l’attendais pas celle-là. Et c’est à ce moment qu’il me dit : « Par contre, tu peux marcher ». En faisant l’innocent, je le lui demandai : « Dans des côtes ou sur le plat? » Il me répondit : « Les deux, ça convient ». Hé hé! me dis-je.

Ironiquement, je n’avais pas compris que mon surpoids ne m’avait pas donné des chances pour éviter les blessures. J’ai travaillé très fort pendant les cinq années qui ont suivi à prendre du poids. Beaucoup de poids. Afin de ne pas donner de répit à mon genou et de m’assurer de ne pas rêver à l’Everest, à Compostelle, au tour du Mont-Blanc, à la Traversée de Charlevoix, au trek de la Terre de Feu, ou de rejouer au soccer un jour. Pourtant, depuis mon opération, j’étais tombé sur ce livre que j’ai dévoré et qui a fait rejaillir mes projets de treks et d’escalade (je vous en reparlerai au chapitre 1). Après tout, je pouvais marcher avait dit le doc. Peut-être voulait-il plutôt dire une marche jusqu’au dépanneur du coin et non une course. Mais peu importe, c’était à lui de le préciser.

Je me retrouve donc en janvier 2017 avec un genou qui fait mal à chaque pas (douleur de 2 à 3 sur 10) et un poids encore jamais égalé. Je frôle et la catastrophe et les 300 livres. Vous avez bien lu. Je peux le réécrire si vous le voulez? À 283 livres pour une grandeur de 5 pieds et 8 pouces, il est plus facile de passer par-dessus moi que d’en faire le tour, mais je ne le recommande pas.

Et je veux faire des marches en montagne de plusieurs jours d’affilié!!!

Attendez que je relise la phrase précédente…

Mais qu’est-ce qui cloche chez moi?

Ouais. C’est bien beau avoir des rêves, mais parfois n’est-il pas sage de les réviser de temps en temps… 30 ans plus tard, c‘est tout sauf de temps en temps. Peut-être est-il grand temps de me trouver d’autres rêves plus accessibles? Après tout, je ne rajeunis pas. Tricoter des pantoufles ou peindre des clowns à l’aquarelle, peut-être? Et pourquoi ne pas tricoter des clowns et peindre des pantoufles? Non! Ne dites rien. J’ai droit à mon bonheur moi aussi.

Mais un rêve, ça ne disparaît pas comme ça. J’ai marché « régulièrement » (ce n’est qu’à partir du 20 novembre 2017 que j’ai appris réellement la signification de ce mot) pendant tout l’été 2017 dans le but de faire la traversée de Charlevoix au mois d’octobre de la même année, mais au dernier moment, je me suis blessé au dos et je dus abandonner le projet. Je n’étais pas heureux et c’est peu dire. J’étais en beau @!!#%&!!&& de ##\$!!&?!##.

Par une nuit plus noire qu’à l’habitude, je regardais les dernières tendances mode pour les tutus sur Internet. Et c’est à ce moment que je tombai sur les défis de la Société de recherche sur le cancer. Faire l’ascension jusqu’au camp de base du mont Everest pour amasser des fonds pour la recherche. L’idée était séduisante. À tel point, que je me suis inscrit le soir même. 150 dollars en moins dans mes poches, je réalisai que je devais maintenant solliciter des gens pour accumuler 13 850$ de plus en dons d’ici le 1er janvier 2019.

Mais, bien que le montant ne soit pas négligeable, mais ce n’était qu’une des difficultés qui se pointait devant moi. Il y avait la question de la remise en forme. C’était çà le vrai défi. Car la Société de recherche sur le cancer est un organisme sérieux, elle exige qu’un médecin donne son accord pour qu’un participant à l’un de ses défis puisse y participer.

Oh! merde!

Il est, au moment d’écrire ces lignes, le 19 mars 2018, soit quatre mois depuis que j’ai commencé un entraînement sérieux et adapté à mon défi. Par rapport au mois de janvier 2017, j’ai maintenant perdu 44 livres, soit 15% de mon poids initial de 283 livres. C’est d’autant moins de poids que mon demi-genou n’aura plus à soutenir. Entre temps, le 24 février 2018, j’ai subi une évaluation physique menée par un sous-traitant de la Société de recherche sur le cancer afin de pouvoir évaluer ma progression. C’est sérieux. Le résultat est très encourageant. Pour certains des tests passés,  je respectais déjà les normes de référence.

Ça s'annonce plutôt bien. 


[1] Les quatre grimpeurs tchécoslovaques étaient : Dušan Becík, Peter Božík, Jaroslav Jaško, Jozef Just. https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_people_who_died_climbing_Mount_Everest

 

 

Je tiens à remercier tout particulièrement tous ceux et celles qui ont contribué à ma campagne de financement pour mon défi de l'ascension au camp de base du mont Everest. Ce défi a pour but d'amasser des fonds pour la Société de recherche sur le cancer. On peut contribuer à ma campagne en passant par ici :

Contribuez à la campagne de financement de Jacques Bureau (SRC)

 

Merci tout spécialement aux entreprises qui ont décidé de soutenir cette cause.

Je pense, notamment à :

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et McAllyster www.mcallyster.com.